La chicane libérale

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Charest donne une leçon à Couillard

La chicane est bel et bien prise au Parti libéral.

Philippe Couillard a voulu distancer son gouvernement de celui de son prédécesseur, mais Jean Charest a répliqué, vif comme l’éclair, en affirmant sans broncher qu’il avait dirigé « un gouvernement honnête et intègre. »

Jean Charest l’a ainsi mis au défi de dire le contraire. Mais est-ce que Couillard pouvait vraiment déclarer que l’ancien gouvernement, dont il a lui-même fait parti, était malhonnête et corrompu? Bien sûr que non. Jean Charest a obligé Philippe Couillard à assumer son héritage. L’ancien chef libéral a ainsi donné une bonne leçon à son successeur.

Comme quoi, Philippe Couillard itou a des croûtes à manger…

Fatima

Fatima comme l’épine d’une rose dans le pied

Que dire de Fatima. Depuis qu’elle a lancé une fronde contre le chef libéral au moment du débat sur la charte de la laïcité, Houda-Pépin ne cesse de dénoncer le gouvernement Couillard sur la question du radicalisme islamique, mais aussi sur cette satanée question de l’intégrité. Pour qualifier le gouvernement libéral actuel, elle n’y va pas avec le dos de la main morte, accusant même M. Couillard d’avoir harpeurisé le Parti libéral! Extrait :

« Il y a quelque chose de pathétique à voir le gouvernement Couillard se décomposer sous nos yeux, alors qu’il n’est au pouvoir que depuis deux ans. Des questions se posent, avec insistance, sur la capacité du premier ministre de gouverner le Québec. Pourquoi tant d’incohérence et tant d’improvisation ?
D’abord, il ya le parti libéral du Québec qui traverse une crise existentielle avec tout ce que la Commission Charbonneau et maintenant l’UPAC nous apprennent sur les stratagèmes de collusion et de corruption auxquels il aurait été mêlé. La justice fera la part des choses, mais dans la perception générale, la réputation du PLQ est déjà entachée. Et ce n’est pas en tentant de s’en dissocier théoriquement, comme l’a fait son chef, Philippe Couillard, le 5 avril dernier, qu’il gagnerait en crédibilité, bien au contraire. »

L’ex-bâtonnier frappe en douceur

Gilles Ouimet, avocat respecté et libre-penseur, a démissionné de sa fonction de député de la formation libérale en août dernier, à pas feutré. Depuis, on entend le fauve feuler. Il a par exemple encouragé le mouvement des « orphelins politiques », prenant une distance notable d’avec les libéraux.

Lui aussi trifouille dans la plaie libérale de l’intégrité, se joignant à un comité de suivi du rapport de la commission Charbonneau. Façon de dire que le gouvernement libéral ne fait pas le travail.

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Les fissures du monopole libéral

Il y a quelque chose de systémique dans ces fissures qui apparaissent de plus en plus nombreuses dans la maison libérale. C’est qu’en gouvernant d’aussi longues années, chaque nouvelle réforme vient en quelque sorte démolir ce que les mêmes libéraux avaient bâti auparavant. Il en est ainsi, par exemple, des réformes Barrette, qui remettent en cause tout ce que le ministre Couillard avait mis en place. Les libéraux sont pris pour changer les politiques libérales et tout à la fois, assumer les tares des mandats passés.

M’est avis que la chicane libérale va aller en s’amplifiant.

 

L’immigration et l’avenir de la nation québécoise

Couillard

« Seule enclave francophone en Amérique, le Québec ne peut en aucun cas adopter le multiculturalisme comme idéologie. Les cultures et les croyances des immigrants doivent se fusionner avec la tradition québécoise si cette dernière veut survivre. »

Julius Grey, 24 septembre 2007

***

En accusant François Legault de « souffler sur les braises de l’intolérance » simplement parce que celui-ci lui demandait s’il était prêt à imposer des cours de français aux immigrants, Philippe Couillard a atteint les bas-fonds de la démagogie politique cette semaine. Pas étonnant que le chef libéral se soit fait ramassé par Robert Dutrisac dans Le Devoir, Tania Longpré, Dominic Maurais, Joseph Facal, Mathieu Bock-Côté et Michel Hébert dans le Journal de Montréal.

L’immigration représente sans aucun doute un enjeu fondamental pour l’avenir du Québec, un enjeu qui mérite un débat de fond, respectueux et serein.

Le remède imaginaire

Établissons d’abord qu’aucun des 125 élus de l’Assemblée nationale du Québec n’est contre l’immigration. Pas un seul. Il y a unanimité dans notre Parlement : l’immigration est désirable, voire nécessaire, mais pas pour les raisons évoquées trop souvent par le Parti libéral et les lobbys patronaux.

L’immigration est nécessaire et même impérative d’abord pour des raisons humanitaires. Il est de notre devoir, nous qui formons une nation riche, stable et sécuritaire, d’accueillir notre part des déshérités échoués dans les innombrables camps de réfugiés qui parsèment le globe. Le Québec fait largement sa part quand on considère que sur une base per capita, nous accueillerons 30 fois plus de réfugiés syriens que les États-Unis!

L’immigration est également désirable pour des raisons de diversité et de culture. Le Québec sans Kim Thùy, Dany Laferrière, Boucar Diouf ou Xavier Dolan (fils d’immigrant) serait amputée d’une belle richesse. Ne serait-ce que d’un point de vue culturel, sportif ou scientifique, l’apport de l’immigration à notre société est précieux.

On présente souvent l’immigration massive comme une nécessité économique apte à pallier le vieillissement de notre population, une idée reçue que ne soutient aucune étude sérieuse. Les travaux de Dubreuil et Marois, exposés dans leur ouvrage « Le remède imaginaire », sont à cet égard, sans appel. Extrait d’un texte des deux auteurs publié dans La Presse :

L’immigration est-elle essentielle pour mitiger les effets du vieillissement de la population? Non. L’immigration n’est pas essentielle. Sa contribution est marginale et, à cause des mauvaises performances économiques des immigrants admis au Canada depuis trois décennies, elle est peut-être même négative.

Dans notre Québec social-démocrate – au filet social généreux et à l’impôt progressif -, les immigrants dépendent un peu plus des transferts gouvernementaux que les natifs, alors qu’ils paient beaucoup moins d’impôts. Plutôt que d’alléger le fardeau que fait peser le vieillissement de la population sur les finances publiques, il n’est pas impossible que l’immigration l’alourdisse modestement.

Bien sûr, l’immigration peut être bénéfique économiquement, notamment lorsque des travailleurs spécialisés comblent des lacunes dans le marché du travail. Mais en aucun cas elle ne résoudra le vieillissement de la population, ni ne nous rendra plus riches.

Le Québec grand ouvert

Pourquoi, dans ce cas, faudrait-il que le Québec accueille plus d’immigrants qu’il n’est capable d’en intégrer au sein de la majorité francophone? Pourquoi, au-delà d’un certain seuil qui répond à notre devoir humanitaire, à la réunification familiale et à combler certaines fonctions spécialisées et précises, faudrait-il que le Québec continue à figurer parmi les nations dans le monde qui reçoivent le plus d’immigrants par habitant, bien plus que les États-Unis, la France, le Royaume-Uni ou le Japon, par exemple.

Nous formons une nation bien plus vulnérable. Dès que nous relâchons un peu notre vigilance, la langue française perd du terrain sur l’Île de Montréal, à Laval, sur la Rive-Sud et, on l’oublie trop souvent, en Outaouais. De même pour nos valeurs communes, comme la laïcité et l’égalité homme-femme, trop souvent bafouées au nom de l’idéologie délétère du multiculturalisme canadien. L’évidence crève les yeux : plus que pour bien des nations, le Québec doit aborder avec une grande prudence les questions liées à l’immigration.

L’intégration ratée

Pour que notre nation survive au-delà des prochaines décennies, nous devons réussir l’intégration de la presque totalité des immigrants à la majorité francophone. Nous devrons réussir leur intégration à notre système de valeurs, au marché de l’emploi, à nos régions et à tout ce qui fait le tissu social québécois.

Cela n’empêchera nullement la diversité de fleurir et il est certain que certaines communautés demeureront en marge. Mais pour continuer de se développer et de s’épanouir, la nation québécoise devra impérativement réussir l’intégration d’une vaste majorité de ses immigrants.

Or, actuellement, une partie importante ne s’intègre jamais à la majorité francophone, même parmi ceux qui parlent français. Ils ont plus de difficulté à s’intégrer au marché du travail et ne s’installent en région que de façon marginale. Comme l’a montrée l’affaire du niqab, une minorité peu nombreuse mais très active teste constamment les limites du multiculturalisme au nom de la liberté de religion.

De son côté, le Vérificateur général a démontré que la sélection des immigrants est une vaste blague, la rigueur absente, les moyens insuffisants. Il souligne en outre que les volumes d’immigration sont fixés sans aucun indicateur. Extrait:

Le processus de consultation a fait ressortir certaines difficultés d’intégration. Toutefois, le ministère n’utilise pas d’indicateurs socioéconomiques pour bien cerner la capacité réelle du Québec à accueillir et à intégrer en emploi les nouveaux arrivants. Sans évaluation, le ministère ne peut s’assurer que la province est capable de supporter les hausses progressives des volumes d’immigration, tout en optimisant les retombées de l’immigration sur le développement du Québec.

Quand on examine tout cela posément, sans a priori idéologique, on se dit que le Québec devrait réduire considérablement le nombre d’immigrants qu’il est disposé à recevoir chaque année ou à tout le moins, ne pas l’augmenter, le temps de rajuster nos politiques. Le seuil devrait être fixé en fonction de notre capacité à intégrer les nouveaux arrivants et pas le contraire. Le Québec n’a pas besoin de plus d’immigration, il a besoin de mieux les intégrer, ce qui par ailleurs serait le meilleur service à rendre à nos futurs compatriotes.

Or, Philippe Couillard veut faire exactement le contraire! Il veut augmenter encore plus les seuils d’immigration, à 60 000 par année. 300 000 personnes à intégrer en 5 ans alors que nous n’arrivons pas à suffire au niveau actuel, vous imaginez? La sagesse voudrait qu’on fasse exactement le contraire. Continuer ainsi et même augmenter les seuils actuels équivaut à appliquer une politique de suicide assisté de la nation québécoise.

On pourrait bien sûr espérer que Philippe Couillard entende raison, mais ses réactions à tout débat sur l’identité et l’immigration semblent viscérales, radicales, voire enragées. Sur ces questions, le premier ministre se comporte en idéologue buté, dégainant les insultes plus vite que son ombre. En plus de cette attitude idéologique du premier ministre, il y a le monopole libéral, qui repose en bonne partie sur sa mainmise du vote des Québécois issus de l’immigration. Il y a là un fort incitatif électoraliste qui pousse sans doute bien des libéraux sur cette voie irresponsable.

La mauvaise conscience de QS et du PQ

Pour infléchir cette désastreuse politique, il faudra défaire le gouvernement libéral et avoir le courage d’aborder de front cette question délicate entre toutes. Pour ça, on ne pourra compter sur les bien-pensants de Québec solidaire, barricadés dans les idées reçues et la fausse vertu du multiculturalisme.

Du côté du Parti Québécois, je ne suis pas beaucoup plus optimiste. Au pouvoir pendant 18 mois, le PQ n’a pas osé ou n’a pas eu le temps d’aborder la question des seuils d’immigration. De plus, la dernière course à la direction a provoqué un ressac contre tout débat de nature identitaire dans le parti. Le PQ a pour objectif – bien légitime, rappelons-le – de faire du Québec un pays. Malheureusement, la poursuite du pays imaginaire fait le jeu des libéraux et assure pour longtemps leur mainmise sur le pouvoir. Pour un souverainiste, dont l’existence et l’épanouissement de la nation québécoise devrait être un impératif absolu, voilà une contradiction tragique.

Le rassemblement des nationalistes passe par la CAQ

Depuis mon passage à la CAQ, mes amis péquistes me demandent souvent, avec un petit sourire en coin, comment ça se passe avec mes « nouveaux amis ». Ils sont souvent étonnés de ma sérénité. Ma conscience est en paix, maintenant que je ne suis plus plongé dans cette contradiction tragique dont je parlais un peu plus haut. J’ai mis de côté un rêve souverainiste devenu inatteignable dans un avenir prévisible, pour me consacrer à ce qui m’apparaît à la fois possible et nécessaire pour l’avenir de mon peuple.

Le seul parti qui ait jusqu’à maintenant osé aborder de front la question de l’immigration, c’est d’ailleurs la Coalition de François Legault, qui propose depuis sa création de diminuer les seuils pour mieux intégrer les nouveaux arrivants. La proposition conditionnant l’octroi de la citoyenneté à la maîtrise du français et de la connaissance d’un corpus de valeurs communes a du mérite.

Cependant, ces propositions ne pourront devenir réalité qu’à partir du moment où les nationalistes québécois se rassembleront sous une seule bannière en mettant de côté – au moins pour un temps – le pays imaginaire et l’obsession référendaire. Il s’agit de la seule façon de casser le monopole libéral. Il s’agit de la seule voie capable d’infléchir une politique d’immigration qui met à risque l’avenir de la nation québécoise. Le seul endroit pour un nationaliste désireux de changer le réel maintenant, c’est la Coalition Avenir Québec.

Soyez les bienvenus.

Toute une semaine!

Ygreck Trudeau

Des aventures de PKP au remaniement, en passant par le pipeline de la discorde, les selfies de Justin et jusqu’aux propositions de François Legault, la semaine aura été d’une grande fertilité politique. Pour résumer: Its the economy, stupid!

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Je débute par l’intense semaine de PKP, harcelé par Radio-Canada, nouvellement séparé de Julie et adepte des mises en demeure. Connaissant le Parti Québécois, je suis d’accord avec Claude Villeneuve qui prévoit que le chef du PQ sera à son poste pour les élections de 2018. Malgré les ratés qui l’ont poussé à déclarer qu’il avait encore des croutes à manger, le chef de guerre du PQ n’est pas reconnu pour lâcher facilement. Contrairement à Yves-François Blanchet, je ne crois pas du tout que les péquistes soient en train d’aiguiser les couteaux. Ygreck semble le penser, lui:

Grosse semaine

Le PQ en baisse de 6 points dans un sondage CROP depuis son élection comme chef, PKP a en outre traversé l’épreuve d’une séparation. Et puis, il y a eu ce reportage de l’émission Enquête à Radio-Canada portant sur sa gouverne de Québecor. Je ne l’ai pas vu et je n’ai pas l’intention de m’y mettre non plus. Mais à lire les commentaires et ayant entendu cette chronique de PY McSween, tout cela ressemble fort à de l’acharnement médiatique.

J’ai beau avoir quitté le PQ, ça ne m’empêche pas de respecter PKP, qui a eu le courage de faire le saut dans le monde exigeant de la politique. Si certains médias pensent lui nuire en s’acharnant sur lui, ils se trompent. Ils risquent plutôt d’en faire un martyr.

Au PQ, ses partisans voient les attaques contre leur chef comme autant de preuves que ses adversaires le craignent. Réjean Parent reprend cette antienne ici. Du côté des adversaires, on affirme le contraire, assurant que les libéraux prient tous les jours pour que PKP demeure en place jusqu’en 2018, une idée illustrée par cette caricature de Côté:

Côté PKP

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Que dire du remaniement de Philippe Couillard, sinon, pour reprendre encore une fois le judicieux titre de Claude Villeneuve, qu’il s’agit d’un ravalement de façade:

Bref, c’est effectivement un gros brassage, c’est surtout la façade que l’on ravale. Le visage du gouvernement change, mais il n’est pas vraiment plus féminin, ni plus fort sur les plans économique et financier.

C’est ce qui arrive avec un parti au pouvoir depuis si longtemps. Les libéraux n’ont renouvelé ni leurs idées, ni leurs rangs et ils ne sont pas à la veille de le faire. Au-delà des opérations cosmétiques, la réalité nous oblige à constater l’absence totale de vision cohérente. La critique la plus cinglante est venue de Mario Dumont, qui coiffe sa chronique d’un titre tranchant: Raté!

Ce remaniement constitue en effet un aveu d’échec en économie et en éducation. Du trio économique des dernières élections, ne reste plus que le ronronnant ministre des Finances. Même le premier trio des Canadiens de Montréal aura mieux fait que le trio libéral. C’est dire…

Pour ma part, c’est cette image de Garnotte qui me reste de l’opération, qu’on pourrait qualifier de roue à trois boutons innovatoire!

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Le pipeline de la discore Énergie-Est, un mauvais projet, présenté par une entreprise arrogante, a encore fait couler beaucoup d’encre. Le commentaire méprisant du premier ministre de la Saskatchewan envers le Québec et le maire de Montréal a déclenché une multitude de salves croisées. Il faut dire que le Mur (Wall. Scusez!) est en élections et il semble qu’il trouve payant en termes électoraux de casser du sucre sur le dos du Québec.

Sa saillie exigeant que le Québec rembourse les paiements de péréquation était particulièrement ridicule. Comme si on devait tout accepter sous ce prétexte. Et puis, comme l’ont souligné nombre de commentateurs, on n’a pas vu un tel mépris envers les Américains et les Britannico-Colombiens, qui eux aussi ont refusé des projets de pipeline en provenance de l’Ouest.

Tout cela a provoqué de jolies séances de patinage artistique de la part de Justin Trudeau, qui abdique son leadership en se posant comme arbitre (!) et en ânonnant ces phrases vides de sens dont il a le secret.

Trudeau chez le psy

Le premier ministre Couillard, incapable comme d’habitude de défendre les intérêts et la fierté des Québécois, a fini par dire du bout des lèvres que le Québec avait le droit de dire non, mais ça lui aura pris plusieurs jours.

De leur côté, les souverainistes pratiquants (moi, je suis devenu non-pratiquant) y ont vu LE sujet qui allait enfin convaincre les Québécois de faire le pays. Certes, comme pays le Québec aurait le dernier mot. Mais sachant que ce n’est pas à la veille de se produire…

En réalité, c’est François Legault qui a animé le débat sur le fond en lançant l’idée de redevances de plusieurs milliards de dollars:

« Sinon, ce projet-là n’est pas intéressant, puis moi le premier, je vais militer contre ce projet-là, a-t-il dit. Parce qu’actuellement, quand on regarde l’équilibre entre le risque puis le rendement, on a tous les risques, puis aucun rendement. »

À l’époque où je travaillais au Bureau de la PM, on avait discuté de cette possibilité de redevances. On sait qu’une province ne peut imposer des redevances sur ce qui relève du fédéral, comme cet oléoduc. Un pays non plus ne pourrait l’imposer, en vertu des ententes de libre-échange. Le mot imposer est ici important, puisqu’il implique un geste unilatéral du Québec. Ce que propose le chef de la CAQ c’est d’exiger des redevances de plusieurs milliards, quelque forme qu’elles puissent prendre et de minimiser les risques de déversement.

Cette proposition est la seule qui sert les intérêts du Québec. Entre la mollesse du gouvernement Couillard et le refus sans alternative du PQ, je préfère de loin l’approche de la CAQ, qui tire le meilleur parti de la situation. Soit Trans-Canada refuse de payer une forme de redevance et son projet n’aboutira jamais devant l’opposition du PQ, de la CAQ, de QS et des maires du Grand Montréal. Soit elle transforme ce projet, minimise les risques et met des milliards pour le Québec dans la balance, auquel cas on pourra commencer à discuter.

Ygreck Pipeline

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Tout cela nous ramène à l’économie, le liant de tous ces épisodes. Les espoirs mis par le PQ en PKP tournent en effet autour de cette idée que ce qui empêche les Québécois de se dire oui, c’est la crainte économique, incarnée par la péréquation. L’institut de la souveraineté (malhabilement) annoncé par PKP est supposé faire la démonstration qu’un Québec indépendant pourra s’en passer et nous enrichir. Notamment en…exigeant des redevances sur un éventuel oléoduc!

Les deux dernières personnes à s’être sérieusement penché sur les finances d’un Québec souverain, ce sont justement François Legault et votre serviteur. Pour ma part, je ne doute absolument pas de la viabilité économique et financière d’un Québec indépendant, mais je doute fortement qu’un institut change la donne et convainque les Québécois. C’est le problème du Parti Québécois, qui pour faire avancer notre économie, mise tout sur un projet tenant de plus en plus du mirage. Du moins si l’on en croit ce sondage de novembre ou celui-ci, de janvier:

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Le remaniement du gouvernement Couillard est lui aussi intimement lié à l’économie. Le trio économique présenté aux élections est maintenant démantelé et l’effet libéral aura été tout sauf positif. La nouvelle venue, Dominique Anglade, en a lourd sur les épaules et même si je lui souhaite la meilleure des chances, je suis convaincu de l’échec de ce gouvernement, qui démontre avec beaucoup de constance depuis 2003 son incurie économique.

Les tirs croisés autour du pipeline de la discorde auront surtout été le fait de l’angoisse économique qui s’est emparée des provinces pétrolières. Il faut lire ce reportage du Globe qui prévoit une forte montée du chômage en Alberta pour bien saisir leur désarroi, ce qui  n’excuse nullement le mépris envers le Québec. Tous les organismes et institutions financières sont d’ailleurs en train de revoir leurs prévisions de croissance économique à la baisse. Et ça, ça augure mal pour l’économie québécoise.

Masqué par le fort battage médiatique des sujets ci-haut mentionnés, le constat de François Legault sur la cible de réduction de la dette, que le gouvernement Couillard est en train de manquer, est pourtant troublant. Dans la dernière mise à jour, on a vu que la dette du gouvernement augmentait moins rapidement que prévu. Une bonne nouvelle, qui aurait dû améliorer le ratio dette/PIB. Malheureusement, la faiblesse chronique de l’économie a plutôt détérioré le ratio (plus il est élevé, pire est la situation). Voyez plutôt:

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Le gouvernement libéral a répété comme un mantra que les compressions avaient pour but de réduire l’endettement pour le bien des prochaines générations. Or, malgré l’injection de fortes sommes dans le Fonds des génération et des compressions incompréhensibles en éducation (les prochaines générations, hein?) et ailleurs, la situation s’est dégradée! Les libéraux sont en train de nous mener droit dans un mur. Si on veut réduire le poids de notre endettement, c’est donc du côté de l’économie qu’il faut agir.

Outre les redevances, le chef de la CAQ a justement fait deux autres propositions cette semaine. L’une visant la création d’un fonds pour augmenter la productivité des entreprises québécoises, qui permettrait la création d’environ 20 000 emplois de qualité. Et l’autre, de diminuer de 500 dollars les impôts de tous les Québécois qui ont des revenus de moins de 150 000 dollars. En plus d’aider des familles à bout de souffle financièrement, cette proposition permettrait d’injecter plus d’un milliard et demie dans l’économie québécoise, elle aussi à bout de souffle.

Pour retrouver une position de force, le Québec a besoin de renforcer son économie. Pour réduire son endettement, le Québec a aussi besoin de renforcer son économie. Et pour réinvestir en éducation et réparer les dégâts libéraux, le Québec a encore besoin de renforcer son économie.

Évidemment, en termes médiatiques, impossible de résister aux péripéties de PKP et au remaniement ministériel de Philippe Couillard. Mais sur le fond, le seul chef qui aura tiré son épingle du jeu économique cette semaine, c’est François Legault.

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Rassembler les nationalistes

Dans un billet publié sur mon ancienne tribune du Journal de Montréal, je soulignais la possibilité bien réelle que le Québec soit gouverné par le Parti libéral pour une très longue période de temps. Cette éventualité répugne sans doute à ses adversaires du PQ et de la CAQ (les solidaires semblent s’en accommoder), tandis que les partisans libéraux s’en réjouissent.

Pourtant, l’idée d’un monopole politique n’a rien de réjouissant, même pour ces libéraux qui ont à coeur l’avenir du Québec (oui, ça existe). On voit avec le gouvernement Couillard qu’un parti qui n’est pas relégué pour quelques années dans l’opposition ne se renouvelle pas. Il n’y a qu’à voir la marque de commerce de « parti de l’économie » qui a perdu beaucoup de son lustre et subit même les foudres d’une ancienne vice-première ministre libérale. Ce gouvernement sans vision et sans élan ne se renouvellera pas non plus par le miracle d’un remaniement ministériel.

Dans un éditorial à marquer d’une pierre blanche, Antoine Robitaille qualifie de « marais » la situation politique actuelle, avec un gouvernement libéral en train de vider le caractère national du Québec de l’intérieur et par le haut.

Comment le briser, ce monopole libéral? Comment sortir de ce marais? L’éditorialiste du Devoir en appelle au rassemblement des nationalistes:

« Face à cela, ce n’est pas tant la « division des souverainistes » qui devrait inquiéter, mais celle des nationalistes. Ces derniers forment encore une majorité au Québec, mais ils n’arrivent pas à s’entendre sur un véhicule commun. Il le faudrait, pour mettre au moins un pied en dehors du marais. »

J’en suis venu à penser exactement la même chose. Et en ce sens, l’appel au rassemblement lancé par François Legault en octobre dernier a touché en moi, l’indépendantiste de toujours, une corde sensible:

« Sans la prospérité, la fierté manquerait de moyens; sans la fierté, la prospérité manquerait de sens. » 

Je pense encore que le Québec serait mieux servi par lui-même à tous points de vue, que l’indépendance demeure la meilleure option politique pour un peuple comme le nôtre. Cependant, il faut bien constater que nous nous éloignons de cet objectif depuis 20 ans, plutôt que de nous en rapprocher. Tout donner pour réessayer de tenir un référendum « le plus tôt possible » comme veulent le faire mes amis du Parti Québécois est parfaitement légitime. Agir selon ses convictions, c’est admirable.

Mais pour atteindre cet objectif, il faudrait gagner les élections de 2018 et donc, rassembler tous les souverainistes, y compris ces solidaires qui s’y refusent et ceux, parmi les souverainistes, qui n’en font plus une priorité. Cette mission est donc devenue impossible à mes yeux.

J’ai acquis cette conviction et son corollaire, c’est que la fuite en avant ne réussit à faire le jeu que du Parti libéral, à renforcer le monopole rouge, qui constitue désormais la plus grande entrave à l’avancement de la nation québécoise. Continuer le jeu tel qu’il se présente aujourd’hui, c’est priver la majorité francophone de sa capacité d’élire le seul gouvernement qu’elle peut encore contrôler.

Je m’y refuse. L’urgence est à l’union des francophones derrière la bannière nationaliste, la seule capable de rassembler une majorité. Un nationalisme décomplexé, absolument pas revanchard, axé sur la fierté, le désir d’excellence et la volonté de redonner un élan puissant à notre peuple, en misant d’abord et avant tout sur nous-mêmes, les Québécoises et les Québécois.

J’ai acquis la conviction que pour briser le monopole libéral, il faut unir les caquistes et les péquistes de bonne volonté derrière un projet nationaliste alliant fierté et prospérité. Cela prendra du temps et nous devrons bâtir des ponts. Pour ma part, j’ai décidé de commencer à le faire dès maintenant, en me joignant à la Coalition Avenir Québec.

Bonne année 2016 à tous!

 

 

L’austérité, c’est pas pour tout le monde (ou comment se faire passer un Barrette)

Du grand spectacle. C’est ce que nous offrent les médecins, ceux du trio libéral et ceux du syndicat des médecins spécialistes. Déchirage de blouses, insultes, hauts-cris. D’un côté, le trio libéral qui menace d’imposer une loi spéciale pour « étaler » la hausse faramineuse, de l’autre, nos spécialistes qui réclament « leur dû. » À la fin, loi spéciale ou pas, le trio médical libéral aura accordé une hausse injustifiable aux médecins, étalée ou pas.

On entend que le Docteur Barrette nous prépare une révolution administrative qui abolira des postes de cadres, ainsi que les agences de santé créées par Philippe Couillard (qui s’en souvient?) pour rapprocher le système du patient. On nous promet des économies de 220 millions par année. Qui pourrait s’y opposer?

Briser le monopole des médecins

Mais qu’on ne vienne pas nous faire croire que cette révolution de structure va améliorer en quoi que ce soit l’accès aux soins de première ligne. C’est pas parce qu’un pan de bureaucratie inutile aura été abattu que je vais pouvoir me faire faire des points de suture en 30 minutes. Bureaucratie ou pas, l’accès aux soins de première ligne est bloqué par le monopole des actes médicaux par les médecins. Quand ma fille a une infection urinaire, une infirmière ou un pharmacien pourrait très bien s’en occuper. Même chose pour toute une série de problèmes de santé mineurs. Qui peut croire que seuls les médecins ont la formation requise pour faire trois points de suture?

La vérité crève les yeux: l’accès aux soins de première ligne et le désengorgement des urgences passent par la fin du monopole des médecins sur les actes médicaux. Quand on attend pendant des heures à la clinique ou à l’urgence, on attend presqu’à tous coups de voir le médecin.

Geler la rémunération des médecins

La nécessité de freiner la hausse des coûts du système de santé est évidente. Si nous pouvons économiser 220 millions par année en abolissant des structures, tant mieux. Mais combien va nous coûter cette augmentation de la rémunération des médecins? On ne connaît pas encore la réponse exacte, mais on peut être certain que ce sera beaucoup plus que 220 millions de dollars par année.

Depuis 2008, la rémunération des médecins a augmenté de 67 %! C’est franchement ahurissant. Juste pour cette année, ils obtiendront une hausse 9 %. Toutes ces ententes, rappelons-le, ont été conclue par Philippe Couillard et Yves Bolduc du côté du gouvernement et Gaétan Barrette du côté des médecins spécialistes. Ça suffit. C’est assez. Pour équilibrer les finances, il faut faire comme en Ontario et geler la rémunération des médecins pour les deux prochaines années et pour la suite, limiter les hausses au niveau de la capacité de payer des Québécois. Même avec ce gel temporaire, les médecins auront bénéficié d’augmentation très généreuses.

En additionnant les économies de 220 millions et le frein à la hausse de rémunération des médecins, le Québec pourrait facilement économiser autour de un milliard de dollars par année. Mais ça n’arrivera pas avec un gouvernement dirigé par un trio médical. Étalement ou pas, les médecins continueront à recevoir des hausses de rémunération faramineuses et leur monopole va se perpétuer.

Pendant ce temps, les familles de la classe moyenne…

Pendant ce temps, les familles de la classe moyenne vont continuer à s’arracher les cheveux. Pour économiser quelques dizaines de millions, on va couper dans les congés parentaux, moduler les frais de garde, fermer les conservatoires, l’aide aux devoirs et le soutien alimentaire. Les jeunes parents vont continuer à attendre des heures pour de simples points de suture ou une infection mineure de la vessie.

On va payer plus et recevoir moins. Ça, c’est l’austérité que veut nous imposer le trio médical libéral.

Mais l’austérité, c’est pas pour tout le monde. Nos médecins, confortablement installés dans le 1 % le plus riche, pourront avec leurs augmentations se payer une Mercedes de plus.

C’est ce que j’appelle se faire passer un Barrette.

Médecins

Le dernier discours

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D’abord sur une note personnelle, ceux d’entre vous qui souhaitiez lire mes analyses, commentaires ou autres témoignages aux lendemains des élections, vous serez déçus. Il est des moments dans la vie où le plus urgent consiste à se taire.

Pour le reste, sachez que je me porte bien. Entouré de ma femme et de mes trois filles, la vie ne peut qu’être belle.

Et sachez que je considère comme un grand honneur d’avoir servi la première femme de l’histoire du Québec à occuper les fonctions de premier ministre.

Lundi soir, j’ai écrit pour la dernière fois les notes d’allocution de Madame Marois.

Les voici (la version prononçée fait foi):

 

Notes pour une allocution de la première ministre

Montréal – 7 avril 2014

 

 

…Merci.

Merci beaucoup, chers militants du Parti Québécois.

Je vous aime.

Ce soir, j’ai une pensée toute particulière pour les centaines d’hommes et de femmes qui se sont engagés comme candidats dans cette campagne électorale.

Quelle que soit la bannière, je vous salue.

Bravo pour votre engagement.

Je tiens à féliciter chacun des autres chefs.

Je félicite M. Couillard pour sa victoire.

Je salue Mme David et M. Legault.

Les Québécois se sont prononcés, nous devons respecter ce résultat.

La défaite de notre parti ce soir m’attriste autant que vous.

Nous avions tellement à offrir, tellement à accomplir pour le Québec, pour les Québécois.

Je dois vous dire que je suis très fière des 18 mois durant lesquels nous avons formé le gouvernement.

En cette courte période de temps, nous avons fait beaucoup de bonnes choses.

Nous pouvons en être fiers!

Je veux vous parler de ce qui demeure ma plus grande fierté.

Je parle de l’équipe exceptionnelle que nous avons rassemblée.

Ces femmes et ces hommes qui se sont engagés pour le Parti Québécois vont continuer à faire notre fierté.

Il y a de la relève au Parti Québécois.

Une relève qui représente l’avenir et l’avenir, ça dure longtemps!

Pour la suite, nous continuons de croire que le Québec a besoin de définir et de promouvoir ses valeurs communes.

Une chose est certaine : les Québécois forment un beau peuple, un peuple accueillant, ouvert et généreux.

Si j’ai un regret, c’est de n’avoir pu renforcer la présence du français dans tous les domaines.

Je le dis aux Québécois : je suis inquiète pour notre langue.

Peu importe nos allégeances politiques, nous avons ce devoir de brandir le flambeau de la langue française bien haut.

Ça fait 400 ans qu’on se parle dans notre belle langue.

Au début, nous étions seulement quelques centaines.

Et par delà toutes les épreuves, tous les obstacles, nous avons tenu bon.

Nous sommes huit millions.

Et on parle encore français en Amérique.

N’oublions jamais tous les combats qu’il a fallu mener.

Il faut continuer, il faut persévérer, il faut défendre et promouvoir la langue française partout et tout le temps.

Pour l’avenir du Québec, rien n’est réglé.

Je demeure convaincue que nous aurions tout à gagner à prendre nous-mêmes toutes nos décisions.

Vous comprendrez que dans les circonstances, je vais quitter mes fonctions.

J’assumerai cependant mes responsabilités pour assurer une transition ordonnée au sommet de l’État, ainsi que dans mon parti.

Je veux dire aux Québécois que, malgré la défaite de ce soir, je leur suis très reconnaissante.

D’abord de m’avoir fait confiance à de si nombreuses reprises.

Et ensuite de m’avoir permis de les servir tout au long de ces années.

J’aime le Québec et j’aime les Québécois.

Je termine en vous disant ceci, du plus profond de mon cœur :

Nous ne devons pas oublier d’où nous venons, ni qui nous sommes.

Nous sommes issus d’un peuple courageux, de cette histoire qui nous a façonnés.

Nous devons continuer, perpétuer cette volonté de toutes ces générations qui se sont battues pour que nous puissions exister.

Pas survivre, pas quémander, pas supplier.

Exister pleinement.

Exister fièrement.

 

MERCI