Rentrée politique / 1. L’année de tous les dangers

Bien que les élus soient déjà au travail sur le terrain depuis plusieurs semaines, la véritable rentrée politique débute au lendemain de la fête du travail. Pour ceux que la chose politique intéresse ou même passionne, je posterai dans les prochains jours une série de trois billets pour « mettre la table » en cette année qui pourrait bien être électorale.

Avant d’entrer dans le vif du sujet, je vous propose de revenir avec moi sur les premières semaines du gouvernement du Parti Québécois, pour bien saisir le contexte dans lequel s’est déroulée cette première année.

Ça commence « tough »

Pour une fois, j’étais relativement frais au lendemain de la soirée électorale, le 5 septembre au matin. J’avais déjà six campagnes électorale derrière la cravate et à chaque fois, le lendemain je devais chasser les brumes consécutives aux nuits courtes et bien arrosées. Pour le personnel politique, une campagne électorale, c’est l’équivalent des séries de la coupe Stanley. Gagne ou perd, il faut bien laisser éclater sa joie ou noyer sa déception.

Cette fois-ci, impossible de voir un seul visage souriant en fin de soirée. Pourtant, nous avions bel et bien gagné. On l’avait fait après avoir traversé des crises et effectué une formidable remontée politique. Huit mois plus tôt, personne ne donnait cher de notre peau.

Pourtant, la joie fut de courte durée, vite remplacée par le désarroi, le dépit, le cœur au bord des lèvres. Un attentat politique! L’œuvre d’un fou, de sa haine. Ça commençait « tough »!

Une de la presse - attentat

Tôt ce matin-là, je me suis retrouvé seul au bureau de la cheffe de l’opposition officielle, Place Ville-Marie. Je devais écrire des notes pour la conférence de presse de la première ministre élue. Le triomphe était exclu, évidemment. Le drame, d’abord. L’appel au calme, le ton rassurant. Puis le statut minoritaire du gouvernement. Ça donnait le ton à une année qui allait être éprouvante.

Minoritaires

Le jour du vote, nos analyses indiquaient la probabilité d’une victoire minoritaire. Nous avions noté la progression de dernière minute des libéraux. Néanmoins, nous espérions obtenir une majorité à la faveur d’une poussée de dernière minute dans les urnes en notre faveur.

Ça ne s’est pas produit et nous devions gouverner avec une minorité.

Le gouvernement Marois ne disposait pas du luxe de l’inertie gentille, la stratégie utilisée par Jean Charest en 2007. L’inertie gentille consiste tout simplement à ne rien faire qui puisse indisposer la population. On laisse les partis d’opposition s’agiter et, au moment opportun, on déclenche des élections pour saisir une majorité.

Le nouveau gouvernement étant porteur d’une immense soif de changement, ce scénario n’était pas envisageable. Et puis, pour user de l’inertie gentille, il faut disposer d’une solide dose de cynisme, une denrée rare au sein de la nouvelle équipe du Parti Québécois.

Le gouvernement était donc privé de l’élément le plus stratégique en politique : le temps. Nous avions peu de temps devant nous pour accomplir beaucoup et sans marge de manœuvre parlementaire. Beau défi!

Le grand renouvellement

Les premiers jours de la nouvelle première ministre furent consacrés à la formation du gouvernement, de son conseil des ministres et à l’étude des dossiers pressants et stratégiques.

Pour former son conseil des ministres, Mme Marois disposait d’une équipe très talentueuse. Depuis 2008, l’équipe du Parti Québécois s’est presque complètement transformée, de sorte que le sang frais ne manquait pas. En parallèle, il fallait compléter l’équipe du Bureau de la PM, recruter des directeurs de cabinet, attachés politiques et de presse. Tout cela en deux semaines!

Ce grand renouvellement de l’équipe gouvernementale apportait un vent de fraîcheur et de détermination enthousiaste au gouvernement. Mais ça n’allait pas sans un certain péril, évidemment, puisque la presque totalité de l’équipe gouvernementale était formée de recrues, y compris la première ministre elle-même, qui devait trouver ses marques dans ce nouveau rôle.

Il fallait faire vite, sans marge de manœuvre parlementaire et avec une équipe recrue. La seule certitude que nous avions : ça allait être compliquée.

Ramasser les dégâts

Parlant de marge de manœuvre, nous savions déjà qu’en matière de finances, elle allait être mince si nous formions le gouvernement. Les libéraux annonçaient un trou budgétaire de 800 millions.

Le seul mot qui convient pour décrire le visage des nouveaux membres du gouvernement qui prenaient connaissance de la véritable situation financière, c’est : stupeur. Le trou était deux fois plus profond, avec un manque à gagner de 1,6 milliards.

Les libéraux nous avaient habitué aux dépassements de coûts, mais là, quand même! Eux qui se targuent d’être de bons gestionnaires, avaient dans les faits complètement perdu le contrôle des dépenses gouvernementales. Ils le savaient, mais ils n’ont pas hésité à tromper la population en cachant la réalité.

La débâcle était aussi stupéfiante dans le Programme québécois des infrastructures (PQI) Le cadre financier était défoncé, les dépassements de coût étant en train de devenir la norme. Pire encore, les libéraux avaient promis tout, à tout le monde, de sorte que pour réaliser leurs engagements, il aurait presque fallu doubler le budget déjà gigantesque du PQI.

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Pour couronner le tout, les anciens ministres libéraux avaient dépensé les budgets des ministères, avec seulement cinq mois de terminés dans l’année financière. Les libéraux avaient vidé les caisses!

Il fallait faire vite, avec une équipe recrue, sans marge de manœuvre parlementaire, ni financière. Bon…

Mainmise libérale sur l’État

Un autre péril nous attendait : la mainmise libérale sur l’État québécois. Il faut savoir que l’équipe politique de chaque ministère est très réduite. Quelques personnes entourent le ou la ministre qui dirige parfois des milliers de personnes. On ne peut gouverner sans compter sur la loyauté des membres de la fonction publique et heureusement, dans la très grande majorité des cas, leur loyauté va à l’État québécois et au gouvernement élu.

Nous avions cependant affaire à une minorité importante : les 523 libéraux nommés par l’ancien gouvernement, non pas sur la base de leur compétence, mais sur la base de leur loyauté au Parti libéral et des fameux post-it jaunes.

Image

Les très nombreuses fuites qui ont émaillées les premiers mois du nouveau gouvernement ne s’expliquent pas autrement. C’est que la loyauté de centaines de membres de la fonction publique allait d’abord et avant tout au Parti libéral.

Un gouvernement minoritaire qui doit agir vite, sans marge de manœuvre parlementaire, sans marge de manœuvre financière, avec une équipe recrue et des centaines de fonctionnaires hostiles.

Beaucoup doutaient à ce moment-là de la capacité du nouveau gouvernement à accomplir quoique ce soit de significatif.

C’était l’année de tous les dangers politiques….

Une réflexion sur “Rentrée politique / 1. L’année de tous les dangers

  1. Bon de lire une analyse de l’intérieur sur le nouveau gouvernement. 2 bémols toutefois: ces élections devaient être déclenchées en 2013; quant aux 523 libéraux nommés après 9 ans de pouvoir, le PQ avait dû ne pas avoir agi différemment entre 1995 et 2003, surtout sous la gouverne de 3 PM, 3 gardes rapprochées, 3 clientèles à satisfaire. Il en va ainsi en Fr, aux USA et ailleurs. Faire porter à ce système les erreurs des premières semaines du gouvernement Marois est un peu fort en café!
    Très heureux par ailleurs de découvrir votre blogue auquel je m’abonne illco!

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