Rentrée politique / 2. La poussière retombée, un bilan éclatant apparaît

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Bien que les élus soient déjà au travail sur le terrain depuis plusieurs semaines, la véritable rentrée politique débute au lendemain de la fête du travail. Avant cela, c’est le réchauffement, la préparation, la planification. Pour ceux que la chose politique intéresse ou même passionne, je posterai dans les prochains jours une série de quatre billets pour « mettre la table » en cette année qui pourrait bien en être une électorale.

J’ai évoqué, dans un premier billet, le contexte particulièrement périlleux de la première année du Parti Québécois aux commandes. Un gouvernement minoritaire, pressé par le temps, formé de recrues, confronté à une situation financière intenable et à des centaines de fonctionnaires hostiles. Dans ce deuxième billet, j’examine, avec la distance du temps, le bilan du gouvernement après cette première année.

Politicienne ou femme d’État?

Pour éclairer ce bilan, il me faut d’abord écrire quelques mots sur la personnalité politique de la première ministre, qui teinte bien évidemment le fonctionnement et l’action du gouvernement.

J’ai rencontré Mme Marois pour la première fois lors de la campagne électorale de 2008, alors que je participais à la préparation du débat télévisé des chefs. Trois choses m‘avaient frappé.

D’abord, elle avait beaucoup de difficulté à ne pas répondre directement à une question ou à un reproche. La nature humaine nous pousse instinctivement à répondre aux questions qui nous sont posées et à défendre nos actions, mais pour les politiciens, ce réflexe peut être périlleux. Jean Charest, par exemple, qui était premier ministre depuis cinq ans, revenait constamment sur le bilan du gouvernement Bouchard. C’était une façon pour lui d’éviter de répondre de son bilan et d’amener l’adversaire sur le terrain qu’il avait choisi. Répondre à ses questions et ses reproches, c’était accepter d’aller sur SON terrain. De même, répondre directement à toutes les questions des journalistes, c’est s’exposer à perdre le contrôle de son message.

Ensuite, je me suis aperçu que Mme Marois communiquait ses idées de façon très efficace, avec des phrases courtes, claires et simples. Le problème, c’est qu’elle ne pouvait s’empêcher de rajouter des chiffres, des nuances, des explications, ce qui avait pour conséquence de noyer son propos et de le rendre moins intelligible.

Le corolaire de cette propension à en rajouter découlait – et c’est ma troisième constatation – de sa grande maîtrise, en profondeur, des enjeux gouvernementaux. Elle connaissait les détails, les chiffres, les nuances.

Ça, c’était en 2008. Lorsque j’ai rejoint son cabinet dans l’opposition en 2011, j’ai tout de suite reconnu la même femme. Mais ce que j’ai vécu à ses côtés, l’intensité de la crise, les assauts répétés et frontaux contre elle, m’a fait découvrir un autre aspect de sa personnalité : son incroyable résistance, sa force, sa grande combativité.

Les jours suivants la prise du pouvoir, j’ai encore découvert une autre facette de sa personnalité. Elle était transformée! Cette femme s’épanouit lorsqu’elle est aux commandes, lorsqu’elle peut changer les choses, prendre des décisions. Bref, gouverner.

Le contraste est frappant entre l’ancien premier ministre et la nouvelle. Jean Charest était une bête politique, un campaigner redoutable, incisif, partisan, charmeur, l’œil toujours fixé sur la stratégie politique. Ces qualités lui auront permis de remporter trois élections générales, ce qui n’est pas rien.

Comme gouvernant, par contre, il a peu accompli. Après neuf ans de pouvoir, que reste-il comme héritage? Quelle grande réforme, quelle avancée majeure le gouvernement libéral a-t-il à son actif? Le programme d’infrastructures pourrait être une réponse, mais celui-ci fut lancé par nécessité, après l’effondrement mortel d’un viaduc. Et puis, nous savons maintenant qu’il aura nourri un vaste réseau de corruption. La commission Charbonneau a été instituée sous le gouvernement Charest, mais après des pressions énormes des médias, des partis d’opposition et de la société dans son ensemble. Au cours de ces neufs années de pouvoir, les libéraux n’ont martelé qu’un clou, finalement, celui de l’économie et des finances. Mais que reste-il dans ce domaine, si ce n’est 60 milliards de dette publique en plus et des déficits?

Que reste-t-il des neuf années de pouvoir libéral?

C’est une vraie question. J’invite les libéraux qui lisent ceci à tenter d’y répondre. Pour ma part, le bilan libéral se résume en trois mots : crises sociales, dette, corruption.

Jean Charest était avant tout un homme politique, un excellent homme politique. Mme Marois est avant tout une femme d’État, une excellente femme d’État. C’est très différent.

En politique, la perception, c’est la réalité

En faisant le bilan de cette première année, la plupart des chroniqueurs ont souligné les difficultés du gouvernement à communiquer clairement son message et la direction qu’il prenait. Les analystes ont également souligné les hésitations, les reculs, les pas de côté. Bref, il se dégage de cette première année une impression, plus précisément une perception de confusion.

Or, en politique, il est bien connu que la perception, c’est la réalité. Cependant, il y a la perception à court terme, presque immédiate et il y a la perception à long terme, qui s’installe sur la durée.

Au cours des derniers mois, les perceptions immédiates se sont accumulées pour former une épaisse strate, qui s’est transformée en insatisfaction dans les sondages, une insatisfaction bien réelle et bien tangible. Elle s’est construite à la suite de maladresses, d’erreurs de débutants dans les communications, de promesses non entièrement tenues, de coulage malintentionné des 523 libéraux dont je parlais dans le billet précédent.

Un des pires épisodes fut sans doute celui des réformes proposées à l’aide sociale, qui donnait l’image d’un gouvernement qui s’attaque aux plus démunis, alors que le Parti Québécois est un parti progressiste. Beaucoup de personne sont devenues très inquiètes, surtout après la campagne de peur orchestrée par Québec solidaire. Mais jusqu’à ce jour, aucun bénéficiaire de l’aide de dernier recours n’a été coupé. Par contre, les banques se sont vues imposer une hausse d’impôt importante, comme les contribuables gagnant plus de 100 000 dollars. Tout ça permettant de réduire les impôts des trois millions de contribuables Québécois les moins riches. Bref, même si le gouvernement a redistribué la richesse, la perception contraire s’est installée.

Le facteur le plus important de cette perception négative tient à la volonté des ministres et de la PM de réaliser le plus d’engagements possible, le plus vite possible. C’est ce qu’a clairement souhaité la première ministre et c’est ce qui a été fait. Elle savait que ce serait difficile politiquement, mais elle voulait des résultats.

Cet empressement à multiplier les nouvelles politiques, les réformes, les lois et de déposer un budget équilibré, tout cela en même temps, aura sans doute été le facteur le plus déterminant ayant mené à l’insatisfaction envers le gouvernement.

Paradoxalement, c’est cette même volonté d’en faire le plus possible, le plus vite possible, qui est en train de permettre au même gouvernement  d’installer dans la durée une perception positive. C’est qu’une fois la poussière retombée, quand les perceptions instantanées s’estompent et qu’on commence à voir l’ensemble de l’œuvre accomplie, on ne peut qu’être époustouflé par le bilan éclatant du gouvernement après une seule année.

Tous azimuts

Dans son discours d’ouverture, la première ministre avait annoncé que la première priorité du gouvernement consistait à « briser la corruption. » C’est ce qui est en œuvre. En quelques mois, le gouvernement a pris les mesures les plus énergiques jamais vues au Québec pour briser ce fléau. Les résultats ne se sont pas fait attendre.

En matière de pratiques démocratiques, le gouvernement a fait adopter les réformes les plus importantes depuis les années Lévesque, avec le financement des partis et les élections à date fixe.

Ces changements, à eux seuls, sont des avancées majeures, qui vont s’installer dans le temps.

En matière de finances, les Québécois ont été à même de constater le sérieux du gouvernement. Les dépenses sont sous contrôle et ça non plus, on n’avait pas vu ça depuis longtemps.

Alors que plusieurs annonçaient l’apocalypse économique, il s’est créé 46 000 emplois depuis un an.

J’ai parlé plus haut des gestes de solidarité, auxquels on peut ajouter les milliers de nouvelles places en garderies. Et surtout, la gestion sans faille des suites de la tragédie de Lac-Mégantic.

Et finalement, il y a le front des intérêts et des valeurs québécoises. Ça faisait longtemps qu’on n’avait pas vu un gouvernement québécois tenir tête à Ottawa, se battre pour le français, pour l’enseignement de l’histoire nationale et pour le respect de nos valeurs communes.

Rien n’est joué

Rien n’est joué à l’aube de cette deuxième année qui débute pour le gouvernement Marois. Mais les signes avant-coureurs ne trompent pas. La perception de longue durée est en train de prendre le dessus:

  • Les intentions de vote sont en hausse. Selon le dernier Léger, le Parti Québécois a maintenant une avance de 15 points sur le Parti libéral au sein de l’électorat francophone

Léger intentions de vote

  • Le taux de satisfaction, à 39%, est à son plus haut niveau depuis octobre 2012 et culmine à 48% pour les francophones

Léger satisfaction

  • Plus significatif encore, sur cinq des six enjeux mentionnés dans le sondage, le Parti Québécois arrive en tête

Léger enjeux

En terminant, un petit conseil gratuit pour tous : ne comptez jamais la première ministre du Québec pour battue😉

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