Rentrée politique / 3. Les (en) jeux sont faits!

politique210

Voici le dernier billet d’une série de trois sur la rentrée politique québécoise. Je vous invite à faire avec moi un survol des enjeux et des forces en présence.

La gouverne publique est bien sûr une chose sérieuse, les décisions de nos élus ayant des conséquences parfois déterminantes sur notre vie de tous les jours et sur la nation toute entière. Pour autant, ce sérieux ne doit pas nous empêcher de nous amuser un peu, en posant un regard, disons, plus sportif, sur ces acteurs sans pareils de la grande comédie humaine. Je vous invite donc à prendre ce billet avec un grain de sel. Le mien.

L’intégrité

L’intégrité fut sans nul doute l’enjeu principal de la dernière campagne électorale. Les libéraux de M. Charest ont tout fait pour éclipser la question de la corruption en misant sur la crise étudiante, mais à la fin, rien n’y fit, l’usure du pouvoir et l’odeur de corruption qui émanait de leur dernières années au pouvoir les a rattrapés.

Pour la CAQ, l’arrivée de Jacques Duchesneau en début de campagne a joué comme d’une bouée de sauvetage, ce qui lui a permis d’obtenir un score électoral inespéré et d’arracher des voix au Parti Québécois en le doublant sur le front de la lutte à la corruption. M. Duchesneau est en effet apparu comme un justicier, M. Legault n’hésitant pas à l’appeler son « Elliot Ness. » Le justicier caquiste déplace beaucoup d’air, comme par exemple lorsqu’il a formé le futur conseil des ministres caquistes, au grand dam de son chef. Elliot Ness se transforme alors en Elliot Mess.

Depuis un an, une certaine fatigue s’est installée et les travaux de la commission servent surtout le discours « tous pourris », ce qui fait parfaitement l’affaire des libéraux. Ces derniers savent qu’ils sont les premiers visés par les affaires de corruption. Les seuls individus arrêtés par l’UPAC, pour le moment, sont des libéraux notoires.

Les troupes de Philippe Couillard ont tout à perdre sur le terrain de l’intégrité, d’autant que celui-ci est empêtré dans sa relation trouble avec Arthur Porter, tandis que son numéro deux, Jean-Marc Fournier, illustre que rien n’a changé. La seule stratégie possible pour les libéraux consiste à faire croire à la population que tous les partis sont pareils.

À la coalition, on espère très fort que le Parti Québécois sera éclaboussé à son tour par la commission. Certains caquistes y voient leur seule planche de salut. C’est un pari très risqué, parce que le chef de la Coalition lui-même était une figure importante du Parti Québécois lors de la période examinée par la commission. Pour le moment, le seul élu obligé de démissionner suite aux travaux de la commission, c’est Daniel Rathée, un caquiste vire-capot.

Pour le Parti Québécois, le terrain de l’intégrité est favorable. Le train de mesures pour briser la corruption et assainir les mœurs politiques lui aura permis de se constituer un bilan très convaincant. Personne ne peut sérieusement contester les réalisations du gouvernement Marois dans ce domaine. Le dernier sondage de Léger montrait que pour lutter contre la corruption, le PQ a une avance confortable à 27%, la CAQ suivant à 18%, tandis que les libéraux ferment la marche avec 13%, soit moins de 10% auprès de l’électorat francophone, déterminant pour le résultat électoral.

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Indice de terrain favorable – intégrité :

Parti Québécois                            8/10

Coalition Avenir Québec              6/10

Parti libéral du Québec                1/10

 

Les finances publiques

Sur le front des finances et de l’économie, le Parti libéral a longtemps été dominant, mais il est en train de perdre son avantage, même si l’étiquette de parti de l’économie demeure présente dans l’opinion publique. Ce branding libéral est d’autant plus précieux que l’économie demeure en permanence un enjeu déterminant en politique. Comme le souligne ici Alec Castonguay, le célèbre cri de ralliement de l’équipe de Bill Clinton « It’s the economy, stupid! » demeure plus que pertinent (Ils rajoutaient aussi « Keep it simple, mais sans le stupid) On peut bien sûr mettre en doute la véracité de cette association libéral = économie, mais au bout du compte, c’est la perception qui fait la différence dans les urnes.

The economy

Le parti libéral, cependant, a perdu du lustre sur ce terrain, surtout en matière de gestion des finances. D’abord parce que malgré la rime, il est difficile d’associer bonne gestion et corruption. C’est sous les libéraux que les Québécois se sont fait voler des centaines de millions. Ensuite parce qu’en matière de finances publiques, les libéraux ont failli à la tâche, suffise de mentionner l’Îlot-Voyageur (sous la responsabilité de JM Fournier) ou la saga du CHUM et du CUSM (sous la responsabilité de Philippe Couillard), en passant par les déficits et l’augmentation de la dette.

A contrario, le Parti Québécois a repris de la crédibilité sur le front des finances publiques en réussissant à contrôler les dépenses de l’État. Il y a eu un coût politique à payer sur le front social, mais la crédibilité financière est bel et bien là. Reste à voir cependant si le gouvernement va tenir le coup et atteindre ses objectifs de revenus au printemps prochain.

Du côté de la CAQ, les finances publiques étaient le fer de lance au moment de la fondation du parti, mais l’inconstance de son chef, qui change de priorité à toutes les deux semaines, a brouillé le message. D’un côté, il veut couper dans les dépenses de l’État, de l’autre il veut dépenser pour son Projet Saint-Laurent, qui n’est pas inintéressant. D’un côté, il doit penser à ses élus du 450, plus progressistes et de l’autre, satisfaire sa base adéquiste de Québec, allergique à l’intervention de l’État. Écartelé comme ça, il y a danger de blessure à l’aine à l’horizon!

De sorte que dans le dernier Léger, le PQ est le parti perçu comme le mieux à même de gérer les finances avec 25%, suivi des libéraux à 23% (moins de 20% chez les francophones) et la CAQ à 14%.

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Indice de terrain favorable – finances publiques :

Parti Québécois                            7/10

Parti libéral du Québec                6/10

Coalition Avenir Québec              4/10

L’économie et l’emploi

Sur ce terrain, le gouvernement Marois est vulnérable, d’autant qu’il ne contrôle pas le contexte. Pour les politiques, utiliser les données économiques et de l’emploi, c’est irrésistible. S’il y a perte d’emplois, l’opposition va accuser le gouvernement et inversement, celui-ci va se féliciter de la création d’emplois. Mais tous savent bien qu’en matière économique, l’effet des politiques gouvernementales prend du temps à se faire sentir, sauf si on parle de sévères compressions budgétaires ou de plans de relance importants. Rien de tel en ce moment.

Mais encore une fois, c’est la perception de la population qui va se répercuter dans les urnes. Une économie florissante, c’est toujours un terrain favorable pour un gouvernement, tandis qu’une économie en difficulté signale un danger politique qu’on ne saurait sous-estimer.

Sur ce terrain, les libéraux ont une nette longueur d’avance, qui tient à leur étiquette de parti de l’économie. Ils ont cependant deux problèmes qui vont tôt ou tard se répercuter dans l’opinion, s’il ne les corrigent pas : l’absence d’une équipe économique crédible et d’un plan pour l’économie. Raymond Bachand parti, personne n’incarne plus l’économie au Parti libéral. Autrefois, Jean Charest avait fait de son Plan nord un objet de marketing politique efficace. Maintenant, c’est le « Plan vide. »

De son côté, le Parti Québécois a une équipe économique mieux établie avec notamment Nicolas Marceau, Stéphane Bédard et Élaine Zakaïb. Le fait que la première ministre ait elle-même occupé la fonction de ministre des Finances dans le passé n’est pas anodin, car ni Philippe Couillard, ni François Legault n’ont une telle expérience. Le gouvernement travaille aussi sur un plan de développement économique, soit le développement d’une industrie du transport propre, qui passe  par l’électrification des transports. Tout ce qui manque – et c’est la clé pour le PQ – c’est un contexte économique favorable pour la création d’emploi. Malheureusement, il ne saurait être question de prier pour que ça se produise, pas dans le contexte actuel!

La Coalition ne réussit pas à convaincre sur le terrain de l’économie et de l’emploi. Son chef a pourtant une aura d’homme d’affaires à succès et son Numéro 2 économique, Christian Dubé, a rapidement acquis une crédibilité auprès des médias. Cependant, M. Dubé demeure un parfait inconnu aux yeux de la vaste majorité de la population. François Legault mise beaucoup sur son projet Saint-Laurent, une idée séduisante qu’il tente de faire décoller, pour l’instant sans grand succès. Reste la question de l’augmentation des taxes scolaires. La CAQ mise beaucoup là-dessus pour faire mal au gouvernement, mais sans elle-même en retirer les bénéfices. En  tapant sur ce clou, la CAQ semble surtout aider les libéraux. Décidément, il n’y en aura pas de facile pour les caquistes…

Dans le dernier Léger, le PLQ est le parti perçu comme le mieux à même de créer des emplois et développer l’économie pour 35% des répondants, suivi du PQ à 23% et de la CAQ à seulement 12%.

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Indice de terrain favorable – finances publiques :

Parti libéral du Québec               12/15*

Parti Québécois                            9/15

Coalition Avenir Québec             7/15

 

  • Sur 15 parce que l’enjeu économique pèse lourd en politique

Identité

Sur ce terrain de l’identité, c’est la Coalition qui est dans une position de grande vulnérabilité. Si cet enjeu devait devenir central au moment des prochaines élections, la CAQ risque d’être rayé de la carte, sauf à Québec, et encore. C’est le question d’identité a tendance à polariser le vote, ce qui ne favorise pas les tiers partis.

Le Parti libéral n’a rien à y gagner non plus, puisqu’il fait déjà le plein du vote non-francophone à 78%. C’est justement du côté francophone que le Parti libéral doit faire des gains. Or, à l’heure actuelle, les libéraux sont 15 points derrière le PQ au sein de cet électorat. Traditionnellement, pour éviter d’être entraîné sur le terrain identitaire, la stratégie libérale consiste à rejeter l’enjeu tout d’un bloc, en affirmant que ce n’est pas la priorité des Québécois. Mais avec le projet de Charte, qui suscite les passions et reçoit un appui important de la population, cette stratégie est beaucoup moins efficace.

Quant au Parti Québécois, le terrain identitaire lui est évidemment favorable, à condition  que les questions soulevées soient pertinentes aux yeux de la population. L’autre attrait pour le PQ, c’est la position très « canadienne » défendue par Philippe Couillard depuis son arrivée. Même le très fédéraliste Jean Charest a juré qu’il allait se battre contre le déséquilibre fiscal lors de la campagne de 2003. En 2008, il a attaqué durement le gouvernement fédéral quelques semaines avant la campagne électorale, prenant soin de se positionner comme le défenseur des intérêts et des valeurs du Québec face à Ottawa. Philippe Couillard agit plutôt comme un libéral fédéral…

De sorte que dans le dernier Léger, le PQ est le parti perçu comme le mieux à même de défendre la culture et les valeurs québécoises gérer pour 47%, suivi des libéraux à 16%  et la CAQ pour un misérable 8%.

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Indice de terrain favorable – identité :

 Parti Québécois                            9/10

Parti libéral du Québec               3/10

Coalition Avenir Québec             2/10

Solidarité

Cet enjeu politique demeure crucial pour une partie importante de l’électorat. Ce terrain est habituellement favorable au Parti Québécois, mais les efforts de contrôle des dépenses de la dernière année lui ont nui. Les réformes à l’aide sociale (même si personne à ce jour n’a été coupé) et les efforts exigés des garderies ont brouillé l’image sociale-démocrate du gouvernement. Le plus gros des efforts budgétaires étant derrière lui, les prochains mois devraient permettre au PQ de reprendre du lustre sur cet enjeu à la faveur d’annonces positives, comme le guichet unique et de nouvelles place en garderies, « Mourir dans la dignité » ou le plan annoncé de lutte à la pauvreté.

Philippe Couillard semble déterminé à occuper le terrain de la solidarité, surtout en critiquant le gouvernement, comme lorsqu’il a affirmé que le PQ pratiquait « une social-démocratie de pacotille. » Sans doute essaie-t-il de se positionner comme le «bon docteur Couillard.» Cela étant dit, le PLQ n’a toujours pas annoncé (à ma connaissance) quoique ce soit de nouveau dans ce domaine.

Quant à la Coalition, elle n’a aucune prétention à occuper ce terrain, sauf pour promettre des baisses d’impôt à la classe moyenne. Si elle réussit à être crédible en promettant l’élimination de la taxe santé, ce pourrait être un coup payant électoralement. Pour l’instant, ça demeure douteux.

J’ajouterais l’enjeu environnemental dans cette section, du fait que la protection de notre environnement constitue un geste de solidarité envers les prochaines générations. Sur cette question, le PQ est porteur de grandes attentes, impossibles à satisfaire entièrement. Mais la sortie du Québec du nucléaire, de l’amiante et le moratoire sur le gaz de schiste, lui permettent de présenter une carte de visite dont les autres partis sont complètement dépourvus.

Dans le dernier Léger, le PQ est le parti perçu comme le mieux à même de partager la richesse et aider les démunis pour 23%, suivi des libéraux à 16% et de la CAQ pour un faible 9%.

Capture d’écran 2013-09-06 à 20.39.25

Indice de terrain favorable – solidarité :

Parti Québécois                            7/10

Parti libéral du Québec               5/10

Coalition Avenir Québec             3/10

Les chefs et leur équipe

La perception qu’a la population des chefs de parti est très importante. En matière de notoriété, les trois chefs ont un score élevé. Mais c’est Philippe Couillard qui reçoit l’approbation la plus importante de la population dans les sondages. Il va sans dire que l’effet de nouveauté a joué et ira en s’estompant, mais pour le moment, les Québécois semblent lui faire confiance. : avantage Couillard.

Pour ce qui est de l’intégrité, j’ai la conviction que les trois sont des personnes intègres. Cependant, la perception…Philippe Couillard me semble le plus vulnérable à cet égard, du fait de ses liens avec Arthur Porter et du lourd passé du Parti libéral, qui pourraient l’éclabousser par ricochet. Cela dit, personne n’est à l’abri des ricochets. Depuis que les travaux de la commission Charbonneau ont débuté, on a parfois l’impression de jouer dans un western spaghetti et les balles revolent de partout.

Pour ce qui est de la solidité, de la constance et de la détermination, Mme Marois a pris une longueur d’avance cet été avec sa gestion sans faille et pleine d’humanité de la tragédie de Lac-Mégantic. François Legault semble avoir beaucoup de difficulté à demeurer constant. La seule constance étant sa propension à changer de priorité, ce lui nuit énormément, tandis que Philippe Couillard demeure un mystère drapé dans une énigme (piqué à Churchill). (Léger) avantage Marois.

Les équipes

Là encore, il y a une incertitude du côté libéral. L’équipe est affaiblie par le départ du visage économique qu’était Raymond Bachand et par la défaite de Clément Gignac. L’équipe libérale ne s’est pas renouvelée et avec Jean-Marc Fournier comme chef à l’Assemblée, ça donne la perception justifiée que rien n’a vraiment changé au Parti libéral. C’est toujours la même gang. Cependant, avec des circonscriptions sûres de disponibles, Philippe Couillard aura la possibilité de donner un coup de jeune à son équipe d’ici la prochaine campagne s’il parvient à recruter des candidats de prestige.

La Coalition n’a que deux visages connus de la population au sein de son équipe, le chef et Jacques Duchesneau. Ce sera très difficile pour François Legault de recruter des candidats de calibre si les sondages continuent à donner la Coalition perdante. Quant à Jacques Duchesneau, il est déjà sorti de la boite de Cracker Jack et l’effet s’est estompé.

Mme Marois a présidé à un renouvellement de grande envergure de l’équipe du PQ. Sur papier, l’équipe du PQ est formidable, composée d’excellents communicateurs. Mais elle manquait d’expérience gouvernementale, ce qui n’est plus le cas après un an à gouverner. Si tout le monde joue en équipe, le groupe péquiste sera redoutable. Avantage PQ.

Indice de terrain favorable – chefs et équipes :

Parti Québécois                            8/10

Parti libéral du Québec               8/10

Coalition Avenir Québec             5/10

Les jeux sont faits

Évidemment, cette analyse des forces en présence est parfaitement subjective et votre analyse vaut bien la mienne. On jase, là.

Mais sur cette base et au moment de la rentrée, si je devais parier, je miserais sur le Parti Québécois. La synthèse des indices ci-haut lui confère en effet une bonne avance :

Parti Québécois                            48/65             74%

Parti libéral du Québec               35/65             54%

Coalition Avenir Québec             27/65             42%

La beauté de la politique, comme du sport, c’est qu’on ne connaît pas les résultats d’avance. Seule certitude, ça va brasser, ça va jouer dur dans les coins, et bien sûr, ça va patiner solide! Il y aura des blessures, chaque équipe va se plaindre du traitement des arbitres médiatiques et les commentateurs vont analyser sans fin le travail des joueurs vedettes.

La saison politique, c’est maintenant. La table est mise, les jeux sont faits.

Alors, bonne chance à tous et …

Let’s get ready to ruuuummmmble!

 

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