Le procès d’intention

Dans une chronique de (mauvaise) humeur, Vincent Marissal y va ce matin d’une charge contre la première ministre, l’accusant de pratiquer la politique de la division et d’agir comme Stephen Harper!

Juste ça…

Ce qui irrite surtout le chroniqueur émérite de La Presse, c’est le fait que Mme Marois n’ait pas accordé d’entrevue à son journal:

« Ce n’est toutefois pas dans La Presse que vous aurez lu la classique interview-bilan avec la première ministre, qui a donné des entrevues presque partout, mais pas à votre quotidien préféré. »

Je vous mets au défi de me trouver la dernière occasion au cours de laquelle Stephen Harper a donné « des entrevues presque partout. » Essayez de vous souvenir de la dernière entrevue du chef conservateur à TVA, à la SRC, au Devoir ou même dans La Presse. Je vous souhaite bonne chance.

Ensuite, Mme Marois donne régulièrement des points de presse, lors desquelles elle répond aux questions des correspondants de La Presse à Québec. Aujourd’hui, Bernard Drainville répondra lui aussi aux questions des journalistes à Québec, y compris bien sûr à celles des correspondants de La Presse. Il ne choisira ni les questions, ni les journalistes qui les posent et ne les limitera pas à quatre, comme le fait Stephen Harper.

Que ce soit dit, donc: comparer les gouvernements Marois et Harper en matière de relations avec les médias, ça ne tient pas la route deux secondes.

M. Marissal rajoute ceci:

« On peut fort bien comprendre que le pouvoir préfère donner des entrevues complaisantes en terrain ami. »

En plus d’être insultant pour les autres médias, cette affirmation est absurde à sa face même. Tous les médias québécois ont donné la parole aux adversaires du projet de charte, que ce soit par le biais des nouvelles ou des opinions. Le Parti libéral peut compter sur l’appui indéfectible et militant de la ligne éditoriale de La Presse et du journal The Gazette (ce qui est tout à fait légitime) et à cet égard, on pourrait qualifier ces pages éditoriales de « terrain ami. » Mais ce privilège n’est partagé par aucun autre parti politique québécois.

La page éditoriale, c’est une chose, la chronique en est une autre. Les chroniqueurs de La Presse sont (me semble-t-il) unanimes à décrier la Charte. Je n’ai donc aucune raison de douter de la sincérité de chacun et je n’ai certainement pas l’intention de faire un procès d’intention à qui que ce soit.

Cela étant dit, je suis un lecteur de La Presse depuis ma tendre enfance et sur cette question de la charte, je ne me reconnais pas dans mon journal et je suis convaincu qu’un grand nombre de lecteurs ne s’y reconnaissent pas non plus. Dans le sondage Léger du 26 août dernier portant sur cette question, 57% des répondants affirmaient que le projet de charte des valeurs québécoises était une bonne idée. Chez les francophones (le lectorat de La Presse), c’est 65% qui approuvaient l’idée, une majorité élevée qui pourrait être qualifiée de claire, même par Stéphane Dion. On peut donc parier que dans le lectorat de La Presse, il se trouve un grand nombre de lecteurs qui ne s’y retrouvent pas.

Alors, affirmer comme il le fait que les « lecteurs de La Presse n’existent apparemment pas aux yeux de Pauline Marois et qu’ils « ne méritent pas son attention et ses explications », c’est y aller fort du bouchon! 

L’excellent chroniqueur (je l’écris sans ironie) poursuit sur sa lancée en avançant que c’est :

« Exactement le genre de reproche qu’on fait à Stephen Harper qui, comme Pauline Marois, cherche des enjeux électoraux délicats pour diviser l’électorat »

M. Marissal, un homme informé, sait fort bien que le projet de charte est inscrit depuis longtemps dans le programme du Part Québécois, qu’il est discuté depuis encore plus longtemps et qu’il a fait l’objet d’un engagement électoral qu’on pourrait qualifier « d’ostentatoire. » Le débat lui-même a cours au Québec depuis des années et il a même fait l’objet des travaux d’une commission qui a accouché d’un rapport tabletté par l’ancien gouvernement. Le même débat a cours également – à intensité variable – dans tous les pays occidentaux. Affirmer, donc, que Pauline Marois « cherche des enjeux électoraux délicats pour diviser l’électorat », c’est faire injure aux faits.

Il poursuit ainsi:

« Pourquoi faut-il légiférer? A-t-on dressé un portrait, un état des lieux? A-t-on des études, des faits, enfin, autre chose que les appréhensions de certains et des anecdotes déformées de cabane à sucre ou de YMCA? Autre chose qu’un sondage favorable produit dans les jours suivant le lancement d’un ballon d’essai politique? Non seulement le projet du gouvernement sent la stratégie partisane à plein nez, mais encore il ne s’appuie sur aucune étude, aucun rapport. »

Eh ben! Si l’on en croit M. Marissal, la commission Bouchard-Taylor, qui recommandait entre autres de légiférer, n’aurait jamais existé.

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 Le sondage auquel fait référence M. Marissal indique que 75% des Québécois considèrent que l’enjeu des accommodements est aussi ou plus important qu’à l’époque de la commission, y compris une majorité d’anglophones et d’allophones. Le Parti Québécois n’a rien inventé, n’a rien créé et lui reprocher de tenter de régler au mieux cette question névralgique au moyen d’un procès d’intention, c’est trop facile.

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