Au-dela du bruit et de la fureur

Le dépôt du projet de charte des valeurs québécoises a provoqué une tonne de réactions dans les médias. L’intensité était telle sur les médias sociaux que ça en devenait assourdissant. Beaucoup de bruit, donc.

La fureur des adversaires de la charte, maintenant. Les accusations de xénophobie en provenance du Canada anglais (mais aussi du Québec), les procès d’intention, les comparaisons avec la ségrégation raciale aux États-Unis des années 50, avec le régime nazi, avec Jean-Marie Le Pen. Toutes ces attaques faites de fureur ont déjà atteint leur paroxysme. Comment les adversaires de la Charte – même avec toute la créativité du monde – pourraient aller plus loin que de comparer le Québec avec le régime nazi?

Le bruit va diminuer, la fureur, s’estomper et au-delà, les enjeux de fond vont commencer à apparaître plus clairement.

90 % du projet déposé fait déjà l’objet d’un large consensus

Ce qu’on aperçoit déjà, c’est que 90% du projet de Bernard Drainville fait déjà l’objet d’un large consensus. Des cinq propositions ci-bas, la seule qui provoque le bruit et de fureur, c’est la troisième, celle qui vise à encadrer les signes religieux des employés du secteur public et parapublic.

Capture d’écran 2013-09-11 à 14.33.24

Même cette proposition recueille un large appui des analystes, y compris de Bouchard-Taylor, puisqu’ils préconisaient dans leur rapport de l’imposer aux figures d’autorité de l’État (juges, policiers, etc.) C’est ce que préconise également la CAQ.

Le débat est circonscris

Finalement, sur le fond des choses, ce qui provoque le débat, c’est l’interdiction qui serait faite à tous les employés du secteur public d’arborer des signes religieux ostentatoires. Cette partie de la proposition 3 fait l’objet d’un débat de fond tout à fait légitime, qu’on soit pour ou contre.

Au-delà du contenu, l’autre question qui provoque des débats, c’est la souplesse qui a été introduite dans le projet Drainville, dont deux éléments en particulier: le respect du patrimoine historique et le droit de retrait pour certains établissement (hôpitaux, universités) et les municipalités.

En ce qui a trait au patrimoine, ce qui choque plusieurs personnes, c’est l’idée qu’on puisse laisser en place le crucifix au Salon bleu de l’Assemblée nationale, ce qui envoie un signal ambigu. Personnellement, je serais plutôt favorable à son retrait. Mais je sais très bien que le gouvernement n’obtiendra pas de majorité à l’Assemblée nationale pour retirer le crucifix.

En ce qui a trait au droit de retrait, il m’apparaît comme un moyen raisonnable, pragmatique et inspiré du bon sens.

La collision

Au bout du compte, la fureur stridente que nous entendons n’a que peu à voir avec le contenu de la charte. Par fureur stridente, j’entends les accusations de racisme et les procès d’intention.

Une partie cette fureur, donc, est dirigée contre le Parti Québécois par certains de ses adversaires, effrayés à l’idée que le gouvernement puisse obtenir une majorité aux prochaines élections. Les libéraux, par exemple, sont très conscients du fait qu’une très large majorité de la population appuie le gouvernement sur cette question.

Mais la plus grande partie de la fureur stridente que nous entendons, la plus significative est le résultat de l’affrontement de deux visions du monde, la canadienne et la québécoise, qui sont entrées en collision.

Ça fait du bruit, une telle collision.

J’y reviendrai.

Laisser un commentaire

Entrer les renseignements ci-dessous ou cliquer sur une icône pour ouvrir une session :

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l’aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s