Toute une semaine!

Ygreck Trudeau

Des aventures de PKP au remaniement, en passant par le pipeline de la discorde, les selfies de Justin et jusqu’aux propositions de François Legault, la semaine aura été d’une grande fertilité politique. Pour résumer: Its the economy, stupid!

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Je débute par l’intense semaine de PKP, harcelé par Radio-Canada, nouvellement séparé de Julie et adepte des mises en demeure. Connaissant le Parti Québécois, je suis d’accord avec Claude Villeneuve qui prévoit que le chef du PQ sera à son poste pour les élections de 2018. Malgré les ratés qui l’ont poussé à déclarer qu’il avait encore des croutes à manger, le chef de guerre du PQ n’est pas reconnu pour lâcher facilement. Contrairement à Yves-François Blanchet, je ne crois pas du tout que les péquistes soient en train d’aiguiser les couteaux. Ygreck semble le penser, lui:

Grosse semaine

Le PQ en baisse de 6 points dans un sondage CROP depuis son élection comme chef, PKP a en outre traversé l’épreuve d’une séparation. Et puis, il y a eu ce reportage de l’émission Enquête à Radio-Canada portant sur sa gouverne de Québecor. Je ne l’ai pas vu et je n’ai pas l’intention de m’y mettre non plus. Mais à lire les commentaires et ayant entendu cette chronique de PY McSween, tout cela ressemble fort à de l’acharnement médiatique.

J’ai beau avoir quitté le PQ, ça ne m’empêche pas de respecter PKP, qui a eu le courage de faire le saut dans le monde exigeant de la politique. Si certains médias pensent lui nuire en s’acharnant sur lui, ils se trompent. Ils risquent plutôt d’en faire un martyr.

Au PQ, ses partisans voient les attaques contre leur chef comme autant de preuves que ses adversaires le craignent. Réjean Parent reprend cette antienne ici. Du côté des adversaires, on affirme le contraire, assurant que les libéraux prient tous les jours pour que PKP demeure en place jusqu’en 2018, une idée illustrée par cette caricature de Côté:

Côté PKP

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Que dire du remaniement de Philippe Couillard, sinon, pour reprendre encore une fois le judicieux titre de Claude Villeneuve, qu’il s’agit d’un ravalement de façade:

Bref, c’est effectivement un gros brassage, c’est surtout la façade que l’on ravale. Le visage du gouvernement change, mais il n’est pas vraiment plus féminin, ni plus fort sur les plans économique et financier.

C’est ce qui arrive avec un parti au pouvoir depuis si longtemps. Les libéraux n’ont renouvelé ni leurs idées, ni leurs rangs et ils ne sont pas à la veille de le faire. Au-delà des opérations cosmétiques, la réalité nous oblige à constater l’absence totale de vision cohérente. La critique la plus cinglante est venue de Mario Dumont, qui coiffe sa chronique d’un titre tranchant: Raté!

Ce remaniement constitue en effet un aveu d’échec en économie et en éducation. Du trio économique des dernières élections, ne reste plus que le ronronnant ministre des Finances. Même le premier trio des Canadiens de Montréal aura mieux fait que le trio libéral. C’est dire…

Pour ma part, c’est cette image de Garnotte qui me reste de l’opération, qu’on pourrait qualifier de roue à trois boutons innovatoire!

l-economie-du-quebec-entre-bonnes-mains

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Le pipeline de la discore Énergie-Est, un mauvais projet, présenté par une entreprise arrogante, a encore fait couler beaucoup d’encre. Le commentaire méprisant du premier ministre de la Saskatchewan envers le Québec et le maire de Montréal a déclenché une multitude de salves croisées. Il faut dire que le Mur (Wall. Scusez!) est en élections et il semble qu’il trouve payant en termes électoraux de casser du sucre sur le dos du Québec.

Sa saillie exigeant que le Québec rembourse les paiements de péréquation était particulièrement ridicule. Comme si on devait tout accepter sous ce prétexte. Et puis, comme l’ont souligné nombre de commentateurs, on n’a pas vu un tel mépris envers les Américains et les Britannico-Colombiens, qui eux aussi ont refusé des projets de pipeline en provenance de l’Ouest.

Tout cela a provoqué de jolies séances de patinage artistique de la part de Justin Trudeau, qui abdique son leadership en se posant comme arbitre (!) et en ânonnant ces phrases vides de sens dont il a le secret.

Trudeau chez le psy

Le premier ministre Couillard, incapable comme d’habitude de défendre les intérêts et la fierté des Québécois, a fini par dire du bout des lèvres que le Québec avait le droit de dire non, mais ça lui aura pris plusieurs jours.

De leur côté, les souverainistes pratiquants (moi, je suis devenu non-pratiquant) y ont vu LE sujet qui allait enfin convaincre les Québécois de faire le pays. Certes, comme pays le Québec aurait le dernier mot. Mais sachant que ce n’est pas à la veille de se produire…

En réalité, c’est François Legault qui a animé le débat sur le fond en lançant l’idée de redevances de plusieurs milliards de dollars:

« Sinon, ce projet-là n’est pas intéressant, puis moi le premier, je vais militer contre ce projet-là, a-t-il dit. Parce qu’actuellement, quand on regarde l’équilibre entre le risque puis le rendement, on a tous les risques, puis aucun rendement. »

À l’époque où je travaillais au Bureau de la PM, on avait discuté de cette possibilité de redevances. On sait qu’une province ne peut imposer des redevances sur ce qui relève du fédéral, comme cet oléoduc. Un pays non plus ne pourrait l’imposer, en vertu des ententes de libre-échange. Le mot imposer est ici important, puisqu’il implique un geste unilatéral du Québec. Ce que propose le chef de la CAQ c’est d’exiger des redevances de plusieurs milliards, quelque forme qu’elles puissent prendre et de minimiser les risques de déversement.

Cette proposition est la seule qui sert les intérêts du Québec. Entre la mollesse du gouvernement Couillard et le refus sans alternative du PQ, je préfère de loin l’approche de la CAQ, qui tire le meilleur parti de la situation. Soit Trans-Canada refuse de payer une forme de redevance et son projet n’aboutira jamais devant l’opposition du PQ, de la CAQ, de QS et des maires du Grand Montréal. Soit elle transforme ce projet, minimise les risques et met des milliards pour le Québec dans la balance, auquel cas on pourra commencer à discuter.

Ygreck Pipeline

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Tout cela nous ramène à l’économie, le liant de tous ces épisodes. Les espoirs mis par le PQ en PKP tournent en effet autour de cette idée que ce qui empêche les Québécois de se dire oui, c’est la crainte économique, incarnée par la péréquation. L’institut de la souveraineté (malhabilement) annoncé par PKP est supposé faire la démonstration qu’un Québec indépendant pourra s’en passer et nous enrichir. Notamment en…exigeant des redevances sur un éventuel oléoduc!

Les deux dernières personnes à s’être sérieusement penché sur les finances d’un Québec souverain, ce sont justement François Legault et votre serviteur. Pour ma part, je ne doute absolument pas de la viabilité économique et financière d’un Québec indépendant, mais je doute fortement qu’un institut change la donne et convainque les Québécois. C’est le problème du Parti Québécois, qui pour faire avancer notre économie, mise tout sur un projet tenant de plus en plus du mirage. Du moins si l’on en croit ce sondage de novembre ou celui-ci, de janvier:

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Le remaniement du gouvernement Couillard est lui aussi intimement lié à l’économie. Le trio économique présenté aux élections est maintenant démantelé et l’effet libéral aura été tout sauf positif. La nouvelle venue, Dominique Anglade, en a lourd sur les épaules et même si je lui souhaite la meilleure des chances, je suis convaincu de l’échec de ce gouvernement, qui démontre avec beaucoup de constance depuis 2003 son incurie économique.

Les tirs croisés autour du pipeline de la discorde auront surtout été le fait de l’angoisse économique qui s’est emparée des provinces pétrolières. Il faut lire ce reportage du Globe qui prévoit une forte montée du chômage en Alberta pour bien saisir leur désarroi, ce qui  n’excuse nullement le mépris envers le Québec. Tous les organismes et institutions financières sont d’ailleurs en train de revoir leurs prévisions de croissance économique à la baisse. Et ça, ça augure mal pour l’économie québécoise.

Masqué par le fort battage médiatique des sujets ci-haut mentionnés, le constat de François Legault sur la cible de réduction de la dette, que le gouvernement Couillard est en train de manquer, est pourtant troublant. Dans la dernière mise à jour, on a vu que la dette du gouvernement augmentait moins rapidement que prévu. Une bonne nouvelle, qui aurait dû améliorer le ratio dette/PIB. Malheureusement, la faiblesse chronique de l’économie a plutôt détérioré le ratio (plus il est élevé, pire est la situation). Voyez plutôt:

Capture d’écran 2016-01-29 à 12.00.29

Le gouvernement libéral a répété comme un mantra que les compressions avaient pour but de réduire l’endettement pour le bien des prochaines générations. Or, malgré l’injection de fortes sommes dans le Fonds des génération et des compressions incompréhensibles en éducation (les prochaines générations, hein?) et ailleurs, la situation s’est dégradée! Les libéraux sont en train de nous mener droit dans un mur. Si on veut réduire le poids de notre endettement, c’est donc du côté de l’économie qu’il faut agir.

Outre les redevances, le chef de la CAQ a justement fait deux autres propositions cette semaine. L’une visant la création d’un fonds pour augmenter la productivité des entreprises québécoises, qui permettrait la création d’environ 20 000 emplois de qualité. Et l’autre, de diminuer de 500 dollars les impôts de tous les Québécois qui ont des revenus de moins de 150 000 dollars. En plus d’aider des familles à bout de souffle financièrement, cette proposition permettrait d’injecter plus d’un milliard et demie dans l’économie québécoise, elle aussi à bout de souffle.

Pour retrouver une position de force, le Québec a besoin de renforcer son économie. Pour réduire son endettement, le Québec a aussi besoin de renforcer son économie. Et pour réinvestir en éducation et réparer les dégâts libéraux, le Québec a encore besoin de renforcer son économie.

Évidemment, en termes médiatiques, impossible de résister aux péripéties de PKP et au remaniement ministériel de Philippe Couillard. Mais sur le fond, le seul chef qui aura tiré son épingle du jeu économique cette semaine, c’est François Legault.

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