L’immigration et l’avenir de la nation québécoise

Couillard

« Seule enclave francophone en Amérique, le Québec ne peut en aucun cas adopter le multiculturalisme comme idéologie. Les cultures et les croyances des immigrants doivent se fusionner avec la tradition québécoise si cette dernière veut survivre. »

Julius Grey, 24 septembre 2007

***

En accusant François Legault de « souffler sur les braises de l’intolérance » simplement parce que celui-ci lui demandait s’il était prêt à imposer des cours de français aux immigrants, Philippe Couillard a atteint les bas-fonds de la démagogie politique cette semaine. Pas étonnant que le chef libéral se soit fait ramassé par Robert Dutrisac dans Le Devoir, Tania Longpré, Dominic Maurais, Joseph Facal, Mathieu Bock-Côté et Michel Hébert dans le Journal de Montréal.

L’immigration représente sans aucun doute un enjeu fondamental pour l’avenir du Québec, un enjeu qui mérite un débat de fond, respectueux et serein.

Le remède imaginaire

Établissons d’abord qu’aucun des 125 élus de l’Assemblée nationale du Québec n’est contre l’immigration. Pas un seul. Il y a unanimité dans notre Parlement : l’immigration est désirable, voire nécessaire, mais pas pour les raisons évoquées trop souvent par le Parti libéral et les lobbys patronaux.

L’immigration est nécessaire et même impérative d’abord pour des raisons humanitaires. Il est de notre devoir, nous qui formons une nation riche, stable et sécuritaire, d’accueillir notre part des déshérités échoués dans les innombrables camps de réfugiés qui parsèment le globe. Le Québec fait largement sa part quand on considère que sur une base per capita, nous accueillerons 30 fois plus de réfugiés syriens que les États-Unis!

L’immigration est également désirable pour des raisons de diversité et de culture. Le Québec sans Kim Thùy, Dany Laferrière, Boucar Diouf ou Xavier Dolan (fils d’immigrant) serait amputée d’une belle richesse. Ne serait-ce que d’un point de vue culturel, sportif ou scientifique, l’apport de l’immigration à notre société est précieux.

On présente souvent l’immigration massive comme une nécessité économique apte à pallier le vieillissement de notre population, une idée reçue que ne soutient aucune étude sérieuse. Les travaux de Dubreuil et Marois, exposés dans leur ouvrage « Le remède imaginaire », sont à cet égard, sans appel. Extrait d’un texte des deux auteurs publié dans La Presse :

L’immigration est-elle essentielle pour mitiger les effets du vieillissement de la population? Non. L’immigration n’est pas essentielle. Sa contribution est marginale et, à cause des mauvaises performances économiques des immigrants admis au Canada depuis trois décennies, elle est peut-être même négative.

Dans notre Québec social-démocrate – au filet social généreux et à l’impôt progressif -, les immigrants dépendent un peu plus des transferts gouvernementaux que les natifs, alors qu’ils paient beaucoup moins d’impôts. Plutôt que d’alléger le fardeau que fait peser le vieillissement de la population sur les finances publiques, il n’est pas impossible que l’immigration l’alourdisse modestement.

Bien sûr, l’immigration peut être bénéfique économiquement, notamment lorsque des travailleurs spécialisés comblent des lacunes dans le marché du travail. Mais en aucun cas elle ne résoudra le vieillissement de la population, ni ne nous rendra plus riches.

Le Québec grand ouvert

Pourquoi, dans ce cas, faudrait-il que le Québec accueille plus d’immigrants qu’il n’est capable d’en intégrer au sein de la majorité francophone? Pourquoi, au-delà d’un certain seuil qui répond à notre devoir humanitaire, à la réunification familiale et à combler certaines fonctions spécialisées et précises, faudrait-il que le Québec continue à figurer parmi les nations dans le monde qui reçoivent le plus d’immigrants par habitant, bien plus que les États-Unis, la France, le Royaume-Uni ou le Japon, par exemple.

Nous formons une nation bien plus vulnérable. Dès que nous relâchons un peu notre vigilance, la langue française perd du terrain sur l’Île de Montréal, à Laval, sur la Rive-Sud et, on l’oublie trop souvent, en Outaouais. De même pour nos valeurs communes, comme la laïcité et l’égalité homme-femme, trop souvent bafouées au nom de l’idéologie délétère du multiculturalisme canadien. L’évidence crève les yeux : plus que pour bien des nations, le Québec doit aborder avec une grande prudence les questions liées à l’immigration.

L’intégration ratée

Pour que notre nation survive au-delà des prochaines décennies, nous devons réussir l’intégration de la presque totalité des immigrants à la majorité francophone. Nous devrons réussir leur intégration à notre système de valeurs, au marché de l’emploi, à nos régions et à tout ce qui fait le tissu social québécois.

Cela n’empêchera nullement la diversité de fleurir et il est certain que certaines communautés demeureront en marge. Mais pour continuer de se développer et de s’épanouir, la nation québécoise devra impérativement réussir l’intégration d’une vaste majorité de ses immigrants.

Or, actuellement, une partie importante ne s’intègre jamais à la majorité francophone, même parmi ceux qui parlent français. Ils ont plus de difficulté à s’intégrer au marché du travail et ne s’installent en région que de façon marginale. Comme l’a montrée l’affaire du niqab, une minorité peu nombreuse mais très active teste constamment les limites du multiculturalisme au nom de la liberté de religion.

De son côté, le Vérificateur général a démontré que la sélection des immigrants est une vaste blague, la rigueur absente, les moyens insuffisants. Il souligne en outre que les volumes d’immigration sont fixés sans aucun indicateur. Extrait:

Le processus de consultation a fait ressortir certaines difficultés d’intégration. Toutefois, le ministère n’utilise pas d’indicateurs socioéconomiques pour bien cerner la capacité réelle du Québec à accueillir et à intégrer en emploi les nouveaux arrivants. Sans évaluation, le ministère ne peut s’assurer que la province est capable de supporter les hausses progressives des volumes d’immigration, tout en optimisant les retombées de l’immigration sur le développement du Québec.

Quand on examine tout cela posément, sans a priori idéologique, on se dit que le Québec devrait réduire considérablement le nombre d’immigrants qu’il est disposé à recevoir chaque année ou à tout le moins, ne pas l’augmenter, le temps de rajuster nos politiques. Le seuil devrait être fixé en fonction de notre capacité à intégrer les nouveaux arrivants et pas le contraire. Le Québec n’a pas besoin de plus d’immigration, il a besoin de mieux les intégrer, ce qui par ailleurs serait le meilleur service à rendre à nos futurs compatriotes.

Or, Philippe Couillard veut faire exactement le contraire! Il veut augmenter encore plus les seuils d’immigration, à 60 000 par année. 300 000 personnes à intégrer en 5 ans alors que nous n’arrivons pas à suffire au niveau actuel, vous imaginez? La sagesse voudrait qu’on fasse exactement le contraire. Continuer ainsi et même augmenter les seuils actuels équivaut à appliquer une politique de suicide assisté de la nation québécoise.

On pourrait bien sûr espérer que Philippe Couillard entende raison, mais ses réactions à tout débat sur l’identité et l’immigration semblent viscérales, radicales, voire enragées. Sur ces questions, le premier ministre se comporte en idéologue buté, dégainant les insultes plus vite que son ombre. En plus de cette attitude idéologique du premier ministre, il y a le monopole libéral, qui repose en bonne partie sur sa mainmise du vote des Québécois issus de l’immigration. Il y a là un fort incitatif électoraliste qui pousse sans doute bien des libéraux sur cette voie irresponsable.

La mauvaise conscience de QS et du PQ

Pour infléchir cette désastreuse politique, il faudra défaire le gouvernement libéral et avoir le courage d’aborder de front cette question délicate entre toutes. Pour ça, on ne pourra compter sur les bien-pensants de Québec solidaire, barricadés dans les idées reçues et la fausse vertu du multiculturalisme.

Du côté du Parti Québécois, je ne suis pas beaucoup plus optimiste. Au pouvoir pendant 18 mois, le PQ n’a pas osé ou n’a pas eu le temps d’aborder la question des seuils d’immigration. De plus, la dernière course à la direction a provoqué un ressac contre tout débat de nature identitaire dans le parti. Le PQ a pour objectif – bien légitime, rappelons-le – de faire du Québec un pays. Malheureusement, la poursuite du pays imaginaire fait le jeu des libéraux et assure pour longtemps leur mainmise sur le pouvoir. Pour un souverainiste, dont l’existence et l’épanouissement de la nation québécoise devrait être un impératif absolu, voilà une contradiction tragique.

Le rassemblement des nationalistes passe par la CAQ

Depuis mon passage à la CAQ, mes amis péquistes me demandent souvent, avec un petit sourire en coin, comment ça se passe avec mes « nouveaux amis ». Ils sont souvent étonnés de ma sérénité. Ma conscience est en paix, maintenant que je ne suis plus plongé dans cette contradiction tragique dont je parlais un peu plus haut. J’ai mis de côté un rêve souverainiste devenu inatteignable dans un avenir prévisible, pour me consacrer à ce qui m’apparaît à la fois possible et nécessaire pour l’avenir de mon peuple.

Le seul parti qui ait jusqu’à maintenant osé aborder de front la question de l’immigration, c’est d’ailleurs la Coalition de François Legault, qui propose depuis sa création de diminuer les seuils pour mieux intégrer les nouveaux arrivants. La proposition conditionnant l’octroi de la citoyenneté à la maîtrise du français et de la connaissance d’un corpus de valeurs communes a du mérite.

Cependant, ces propositions ne pourront devenir réalité qu’à partir du moment où les nationalistes québécois se rassembleront sous une seule bannière en mettant de côté – au moins pour un temps – le pays imaginaire et l’obsession référendaire. Il s’agit de la seule façon de casser le monopole libéral. Il s’agit de la seule voie capable d’infléchir une politique d’immigration qui met à risque l’avenir de la nation québécoise. Le seul endroit pour un nationaliste désireux de changer le réel maintenant, c’est la Coalition Avenir Québec.

Soyez les bienvenus.

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