Le parti de l’économie? C’est le Parti Québécois!

Une affirmation répétée et martelé ad nauseam peut devenir un lieu commun au sein de la population. Il s’agit d’un mécanisme bien connu en marketing, y compris en politique. Ainsi, devant l’affirmation que les libéraux forment le parti de l’économie, la plupart des gens vont acquiescer, même certains péquistes. La perception devient réalité: les péquistes, c’est la langue, le social, la souveraineté; les libéraux, c’est l’économie, l’économie, l’économie.

Il y a un peu de vrai là-dedans. Il est vrai que les libéraux évitent autant que possible de discuter de sujets qui lui sont défavorables. Ils savent bien que sur la question de la langue, s’ils défendent le français, leur base anglophone va se fâcher et s’ils en font trop peu, les francophones vont se méfier. De même, si les libéraux se mettent à faire une promotion active du fédéralisme, ils vont avoir l’air un peu fou à chaque décision fédérale qui va à l’encontre des intérêts du Québec. S’ils veulent parler d’intégrité, ils sont faits comme des rats, traînant un bilan en forme de boulet. Où qu’ils se tournent, il n’y a qu’un terrain politique qui ne leur soit pas défavorable: l’économie.

Le fait de tenir un discours monomaniaque sur l’économie s’est avéré très efficace en matière de marketing politique pour le Parti libéral. On pourrait croire également que cette obsession donne des résultats dans la réalité. Ce n’est pas qu’en réalité les gouvernements soient si déterminants dans les succès ou les échecs économiques. En fait, bien malin celui qui serait capable de déterminer la part qui revient aux gouvernements.

J’ai quand même tenté de vérifier cette hypothèse voulant que les gouvernements libéraux donnent de meilleurs résultats économiques que les gouvernement du Parti Québécois. Pour ce faire, j’ai comparé les gouvernements du PQ de 1994 à 2003 et ceux du Parti libéral de 2003 à 2012, chaque période couvrant neuf années.

Les résultats sont étonnants. Très étonnants.

Commençons par la croissance économique. De 1994 à 2003, sous les gouvernements du PQ, le PIB par habitant a augmenté de 41 %. De 2003 à 2012, sous les gouvernements libéraux, le PIB par habitant a augmenté de 23 %. Soyons encore plus précis, regardons la croissance du PIB réel par habitant (inflation soustraite, donc). Sous le Parti Québécois, la croissance économique a été de 23 % et sous les libéraux, de seulement 8 %. C’est vrai que la crise financière de 2008 a causé davantage de dommages que la récession de 2001, mais jamais au point d’expliquer cet écart abyssal de presque trois pour un:

PIB PQ PLQ

La croissance économique, celle du PIB, ne dit pas tout sur l’enrichissement des Québécois. Après tout, un autre cliché voudrait que les gouvernements libéraux soient synonyme de baisse d’impôt et à l’inverse, ceux du PQ d’une hausse du fardeau fiscal. Examinons le revenu disponible réel, soit l’argent qui reste dans les poches des Québécois après impôt et l’inflation soustraite. De 1994 à 2003, le revenu disponible moyen des Québécois a augmenté de 16,3 %, et de 2003 à 2012, de 14,6 %. C’est donc dire que les Québécois se sont davantage enrichis sous les gouvernements du PQ que sous les gouvernements libéraux.

Revenu réel

L’emploi revient constamment pour illustrer les réussites ou les échecs de la politique économique d’un gouvernement et en particulier le taux de chômage. De 1994 à 2003, le taux de chômage a chuté de 3,1 points de pourcentage, passant de 12,3 % à 9,2 %. Sous les gouvernements libéraux, il est passé de 9,2 % à 7,8 % en 2012, une diminution de 1,4 %. Le chômage a donc diminué deux fois plus sous les gouvernements du Parti Québécois.

Mieux encore, nous pouvons examiner la création d’emplois. Dans la période Parti Québécois, il s’est créé 642 000 emplois et sous les libéraux, 233 000. Il s’est donc créé presque trois fois plus d’emplois sous les gouvernements du PQ que sous ceux des libéraux…

Création d'emplois

Une autre bonne façon d’enrichir les Québécois et toute la collectivité consiste à faire reculer la pauvreté, ce qui permet non seulement à des individus et des familles de se sortir de la misère, mais aussi à la société de réduire ses dépenses de dernier recours. Sous les gouvernements du Parti Québécois, de 1994 à 2003, le nombre de personne touchant l’aide de dernier recours (l’aide sociale) est passé de 787 159 à 544 229. Presque un quart de million de personnes de moins sur l’aide sociale. Il s’agit d’un véritable exploit, qui coïncide avec l’adoption du programme de garderies à 5 dollars. Des milliers de femmes ont alors pu rejoindre le marché du travail sans être pénalisées financièrement.

Sous les gouvernements du Parti libéral, le nombre de prestataires de l’aide sociale a chuté d’un peu plus de 86 000, ce qui est bien, mais beaucoup moins que sous les gouvernements du Parti Québécois:

Aide sociale

Si on se résume:

– Le parti sous lequel la croissance économique a été la plus forte: le Parti Québécois

– Le parti sous lequel les Québécois se sont le plus enrichis: le Parti Québécois

– Le parti sous lequel le chômage a le plus reculé: le Parti Québécois

– Le parti sous lequel il s’est créé le plus d’emplois: le Parti Québécois

– Le parti sous lequel le nombre de prestataires d’aide sociale a le plus diminué: le Parti Québécois

Je concluerai en rendant aux libéraux ce qui leur revient: ils sont des as du marketing politique.

Pour l’économie, on repassera…

Ave Maria

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Ainsi, Maria Mourani est passée en quelques semaines d’indépendantiste québécoise passionnée à fervente fédéraliste canadienne. Qu’elle change d’idée et même de conviction pour embrasser aujourd’hui ce qu’elle rejetait hier, passe encore. Elle a bien le droit.

On peut changer de conviction avec le temps, on peut renier ses amis d’hier, mais pourquoi cracher avec mépris sur tout un peuple comme elle l’a fait, en déclarant ceci:

« J’en suis arrivée à la conclusion que mon appartenance au Canada, avec notamment la Charte canadienne des droits et libertés, protège mieux l’identité québécoise de toutes les citoyennes et de tous les citoyens du Québec. »

Pour en arriver à justifier pareille ânerie, elle prend prétexte de la volonté du gouvernement de modifier la Charte québécoise sans l’unanimité des élus de l’Assemblée nationale. En se drapant dans la démocratie, elle dit préférer une Charte canadienne rejetée par la même Assemblée! Elle nous dit qu’un texte fondamental imposé au Québec contre la volonté de son Parlement « protège mieux l’identité québécoise« !

Si le ridicule tuait…

Il n’y a bien sûr rien de nouveau dans cette charade selon laquelle on serait des xénophobes en puissance, protégés de nos réflexes racistes par ce Canada exemplaire et sa Charte imposée par Pierre Trudeau, ce phare éclairé de la civilisation des droits.

Ça va loin. On a entendu Justin (un élu du Québec!) comparer le projet de charte québécoise à la ségrégation aux États-Unis des années 50, avec ses meurtres sordides, ses lynchages motivés par une violence raciale impensable au Québec.

Le fiston de Trudeau devrait savoir qu’au cours des 50 dernières années, la pire atteinte aux droits fondamentaux perpétrée dans ce Canada qui fait dorénavant rêver Maria, a été le fait de son papa, qui a ni plus ni moins suspendu les droits fondamentaux de tout notre peuple. Arrestations arbitraires, détentions arbitraires, violence d’État, prisonniers politiques.

L’héritage de Trudeau père fut l’acte le plus liberticide de l’histoire contemporaine du Canada et ça s’appelle la Loi sur les mesures de guerre, un acte aussi parfaitement légal que dégueulasse.

L’autre jour, Justin Trudeau est allé affirmer en roucoulant devant les dames libérales qu’il admirait la dictature chinoise. Mais il ne manque pas une occasion de dénoncer, avec son air le plus sérieux, le « Québec liberticide »

L’œuvre du père, la niaiserie du fils…

PET et Junior

Comme Maria, on peut changer d’opinion, d’idée, de conviction.

On peut parfois renier ses amours passés.

On peut même faire preuve de mépris.

Mais on ne peut pas changer d’opinion, renier ses amis et mépriser tout un peuple et en même temps, demander le respect.

Le syndrome du Camembert

Autre semaine difficile pour Philippe Couillard.

Empêtré dans le bourbier de ses propres bourdes, il a fallu en plus que ce soit une de ses députées, Fatima Houda-Pépin, qui jette une lumière crue, pour ne pas dire cruelle, sur les faiblesses de plus en plus apparentes du chef libéral, qui aura encore une fois été obligé de rectifier sa position.

Dès le lendemain, il remettait ça en déclarant, à la grande stupéfaction de ses adversaires et surtout de ses députés, que le déficit zéro pouvait attendre trois ou quatre ans. Encore là, les libéraux ont dû corriger leur chef.

Ici et , encore  et aussi dans celui-ci et celui-là, on peut lire les critiques très sévères des analystes, qui reprennent en choeur le terme « Philippe Flop » qui lui a été accolé par le chroniqueur Don Macpherson.

Même les caricaturistes s’y sont mis:

Philippe Flop

Ces bourdes nuisent au chef libéral, ébranlent son leadership et déstabilisent ses troupes.

Il fallait s’y attendre, d’abord parce que l’apprentissage du métier de chef politique est long et souvent douloureux. Je l’expliquais ici.

Mais aussi, comme je l’écrivais il y a déjà plusieurs mois, le jugement politique de M. Couillard est déficient.

Il n’y a rien de perdu, cependant. Il est possible d’acquérir de bons réflexes politiques avec le temps, l’expérience, et beaucoup de cette humilité qui permet d’apprendre.

Comme le disait en privé Lucien Bouchard: « Pour être un chef politique, il faut à la fois un gros égo et beaucoup d’humilité. »

La seconde faille de Philippe Couillard sera beaucoup plus difficile à corriger.

Au-delà des habiletés politiques, il y a les convictions fondamentales de chacun et en particulier sur la question nationale, un axe incontournable en politique québécoise.

Là-dessus, Philippe Couillard tranche par rapport à ses prédécesseurs, qui prenaient soin d’être aussi fermes dans la défense du fédéralisme canadien que dans celle des intérêts du Québec.

C’était vrai pour Bourassa qui, comme le rappelait Mme Houda-Pépin, est allé jusqu’à suspendre des droits en utilisant la clause dérogatoire pour protéger le français. Cela avait d’ailleurs provoqué la colère de certains anglophones libéraux et la création du « Equality Party« .

En 2003, pour rassurer les Québécois qui doutaient encore de sa volonté de défendre les intérêts du Québec, Jean Charest se disait prêt à s’allier au Bloc Québécois dans la bataille pour régler le déséquilibre fiscal. Extrait d’une chronique de Michel David en 2003:

« La réaction de M. Charest, qui promettait, hier, une lutte de tous les instants, quitte à s’allier au Bloc québécois, démontre qu’il a bien vu le danger d’être associé aux libéraux fédéraux. Le débat de la semaine dernière a levé des doutes sur sa capacité de gouverner, mais il sait à quel point son allégeance première demeure suspecte aux yeux de nombreux Québécois, qui ne sont pas nécessairement des souverainistes. »

En terme fromager, nous pourrions comparer l’attitude des Bourassa et Charest à un vieux cheddar au porto. C’est rouge, mais c’est ferme de part en part.

Sur la question nationale, l’attitude de M. Couillard est très différente et s’apparente plutôt au Camembert.

Sur la charte, par exemple, la position de Philippe Couillard est à la fois ferme et molle. La croûte canadienne est bien ferme et le coeur québécois, plutôt mou.

Sa volonté de refuser toute forme d’interdiction des signes religieux et de respecter à la lettre les Chartes des droits constitue très certainement une position d’une grande fermeté. Pour lui, même les juges pourraient sans problème arborer des signes religieux (même le tchador). Pour qu’on ne doute pas de sa volonté inflexible, il a clamé qu’il faudrait lui passer sur le corps. Cette position rallie massivement son électorat anglophone et les fédéralistes québécois à la Stéphane Dion.

En même temps, ce principe inflexible donne une image de mollesse face aux demandes des groupes religieux. Cela donne à de nombreux Québécois francophones l’impression d’un chef incapable de se tenir debout pour défendre les valeurs québécoises.

Mais là où on retrouve la vraie nature du camembert, c’est qu’au premier petit coup de couteau à beurre, au premier signe de rébellion dans les rangs libéraux, il a ramolli sa position, effectuant sur le port du tchador un salto arrière en direct à la télévision.

Un peu comme pour la charte, sur la question de la défense des intérêts du Québec face à Ottawa aussi, Philippe Couillard offre le spectacle d’un homme à la fois ferme et mou.

Le chef libéral a une position fédéraliste très ferme, certains diraient même radicale. Il a par exemple déclaré que son attachement au Canada était inconditionnel.

En contrepartie, M. Couillard semble beaucoup moins déterminé dans sa défense des intérêts et de la réputation du Québec, qui devrait elle aussi être inconditionnelle. C’est la moindre des choses pour quelqu’un qui aspire à devenir premier ministre du Québec et non du Canada.

Jean Charest a scellé sa majorité en 2008 en jouant au champion du Québec face à Stephen Harper, provoquant même une brouille durable entre le gouvernement libéral de Québec et celui d’Ottawa. Les chefs libéraux d’antan savaient bien que le premier devoir d’un premier ministre du Québec consiste à défendre les intérêts du…Québec.

Philippe Couillard semble s’y refuser farouchement. Depuis qu’il est chef, jamais on ne l’a entendu monter au front pour combattre les attaques d’Ottawa. Même quand ces assauts enragent ouvertement les gens d’affaires. C’est quand même curieux pour le chef d’un parti qui se vante d’être celui de l’économie.

Cela donne encore une fois un fâcheux mélange de fermeté contre le nationalisme québécois et de mollesse face à Ottawa.

Fermeté dans le respect de la Charte canadienne, fermeté inconditionnelle de l’appartenance au Canada.

Mollesse dans la défense des intérêts du Québec, mollesse dans la défense des valeurs québécoises.

Il y a dans cette posture de plus en plus claire du chef libéral une trame de fond qui devrait inquiéter les libéraux.

Pour gagner la confiance des Québécois en politique, mieux vaut s’inspirer du cheddar que du Camembert.

Les petites cases de M. Dubuc

Dans une chronique d’anthologie, Alain Dubuc prend des raccourcis d’une étonnante fulgurance pour en arriver à la conclusion que la nouvelle base électorale du PQ serait à peu près la même que celle de Stephen Harper.

Tout ça en mettant les électeurs québécois dans de petites cases, à partir d’un sondage CROP* abracadabrant sur la charte des valeurs.

Ainsi donc, ceux qui appuieraient le projet de charte des valeurs seraient soit des laïcs « fermés », soit des « catholiques pure laine. » Ceux qui s’y opposent seraient des laïcs « ouverts » ou des « croyants tolérants. »

C’est fort, quand même! Si vous êtes pour la charte, vous êtes « fermés » ou « pure laine ». Si vous êtes contre, vous êtes « ouverts » ou « tolérants. » Diable, il faut bien rentrer tout le monde dans des petites cases, n’est-ce pas? Les méchants d’un bord et les gentils de l’autre.

Les intégristes religieux, comme par exemple, les islamistes qui veulent introduire des tribunaux fondés sur la charia au Québec, on les met dans quelle petite case ? Ils sont contre la charte et donc, il faudrait les mettre dans les « croyants tolérants » ou avec les « laïcs ouverts » ? Allez, un effort M. Dubuc, il faut bien rentrer les intégristes anti-charte dans une petite case!

Et les représentants de l’Église catholique, qui vient de se prononcer contre la charte? Doit-on les mettre avec les « croyants tolérants » ? Ils sont contre la charte, après tout. C’est sûr qu’ils s’opposent au droit des femmes de disposer de leur corps (avortement), qu’ils sont contre la contraception et contre le magistrat des femmes dans leur église. Allez, un effort M. Dubuc, il faut les rentrer dans une petite case! Vous les mettez dans les « croyants tolérants »? Pas le choix, n’est-ce pas…

Maintenant, qu’est-ce qu’on fait avec les conservateurs ? Vous savez, ceux que M. Dubuc qualifie de « nouveaux amis de Mme Marois »? Quelle est la base politique de ces conservateurs? N’est-ce pas justement les religieux de toutes les églises? La base conservatrice n’est-elle pas formée de ces gens qui réfutent la théorie de l’évolution de Darwin, qui s’opposent au droit à l’avortement, qui combattent la science, qui sont pour la peine de mort et qui aimeraient bien mettre des enfants de 10 ans en prison? Nul doute qu’ils s’opposent avec virulence à la laïcité de l’État et à la charte du Parti Québécois. On les met dans quelle petite case, M. Dubuc? Les « croyants tolérants »? Vraiment? Mmmm….

Le chroniqueur gescain réfère au sondage de Forum Research pour associer les conservateurs canadiens au Parti Québécois via la charte. Dans ce sondage, 48 % des électeurs du NPD au Québec se disent en faveur de la charte des valeurs et seulement 39 % des électeurs conservateurs. Oups! On les met dans quelle petite case ces néodémocrates pro-charte ? « Fermés » ou « pure laine » ? Allez M. Dubuc, encore un effort…

Et qu’est-ce qu’on fait avec les électeurs du Parti libéral? Vous savez, ceux qui se sont bouché le nez aux dernières élections et ont voté pour leur parti préféré, même en ayant connaissance de tous ces cas de corruption de libéraux notoires? Sont-ils des « intègres ouverts » ou des « floués tolérants » ?

* Si vous avez cliqué sur le lien menant au site web de CROP et que vous n’avez rien trouvé, dîtes-vous que c’est normal. La maison CROP ne publie pas les données de ses sondages rapidement et quand ils le sont, les données sont toujours très partielles.

Jérôme, l’enfant du multiculturalisme canadien

Cher Jérôme,

En réponse à la lettre que vous m’avez adressée via votre blogue, je dois vous dire que je reviens au vouvoiement, question de ramener une certaine distance entre nous, gage de civilité. Cela vous évitera du même coup de trop vous rapprocher de moi. On ne sait jamais, je pourrais être contagieux!

Avant d’entrer dans le vif du sujet, vous vous empressez d’affirmer que « notre première ministre a officiellement invité les conservateurs souverainistes à voter pour le PQ pendant la dernière campagne électorale », en laissant entendre que c’était sur une base identitaire. Soit vous n’avez pas lu l’article sur lequel repose votre affirmation, soit vous êtes de mauvaise foi. La première ministre faisait en effet référence à la politique fiscale qu’elle entendait mener:

«J’ai une chose à dire aux souverainistes conservateurs: le Parti québécois a toujours dirigé le Québec en étant très responsable dans ses politiques économiques, ses politiques sociales audacieuses. Je dis aujourd’hui aux conservateurs souverainistes que je dirigerai un gouvernement qui va être responsable»

Dans la même phrase, vous affirmez que les propositions identitaires du PQ sont évidemment une occasion de chasser sur le terrain politique jadis occupé par l’ADQ. Ça prend du culot (vous pouvez le prendre comme un compliment) pour affirmer ça quand on vient tout juste de quitter la direction des communications de la CAQ, le parti qui a avalé l’ADQ et tous ses élus pour lesquels vous travailliez encore il y a quelques mois.

Toujours dans la même phrase alambiquée, vous terminez en jetant comme une vérité irréfutable et définitive « qu’un sondage publié ce matin démontre que les Québécois conservateurs sont très mobilisés par la Charte, alors que la gauche urbaine y est réfractaire. »

La gauche urbaine, vraiment ? Vous voulez sans doute parler des islamistes qui ont appelé à manifester contre la charte à Montréal la semaine dernière. Les mêmes qui voulaient introduire la charia au Québec. C’est ce que vous entendez par « gauche urbaine » ?

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Reprenons vos prétentions une à une et in extenso:

1) Premièrement, si tu as effectivement lu mon billet deux fois, tu sais que j’ai pris soin de distinguer les politiques identitaires du reste. Nous sommes certainement d’accord pour dire que le PQ et le Tea Party ont, entre autres, des positions très différentes quant à l’interventionnisme de l’État, les armes, l’environnement, etc. Mais malheureusement pour Nous, j’ai la forte impression que le PQ a choisi de rejoindre le Tea Party sur le plan identitaire en présentant sa Charte des valeurs.

N’importe quel observateur attentif de la politique américaine (vous en êtes certainement) sait sans l’ombre d’un doute que les membres du Tea Party et une bonne partie des Républicains seraient les premiers à s’opposer au projet de charte des valeurs. Je cite un républicain dépité de la transformation subie par son parti:

« Having observed politics up close and personal for most of my adult lifetime, I have come to the conclusion that the rise of politicized religious fundamentalism may have been the key ingredient in the transformation of the Republican Party. » 

Il faut quand même être tordu pour associer un projet qui vise à laïciser l’État et un parti politique américain qui a sombré dans la théocratie. C’est ce que vous faites.

2) Ton billet semble reposer sur l’idée que c’est moi qui ai lancé l’idée d’un clivage urbain/régions (ou peuple/élite) sur la question de la Charte, mais ce n’est malheureusement pas le cas. Ce sont plutôt tes amis Djemila Benhabib et Mathieu Bock-Côté, pour ne pas les nommer, qui ont dénoncé la «désaffiliation identitaire de Montréal» et la «confiscation du débat par les élites cosmopolites» dans des entrevues données la semaine dernière. Notre ami Mathieu a même affirmé que le débat en cours constituait une «figure douce de la partition de Montréal» et qu’un des grands objectifs de la Charte était de «réinscrire Montréal, ville cosmopolite, ville plurielle, sous la référence québécoise». En entendant ces propos ― partition, mise en tutelle de la ville par les régions, dénonciation des élites ― tu comprendras peut-être pourquoi j’ai pensé à Sarah Palin.

Votre volonté persistante et masochiste de vous ridiculiser en comparant Matthieu Bock-Côté ou Djemila Benhabib à Sarah Palin ne me concerne pas. Mais sachez bien que non, je ne comprends pas le mécanisme intellectuel qui vous permet d’en arriver à une telle conclusion. La seule hypothèse gentille qui me vient en tête, c’est que vous vous vautrez dans la provocation enfantine.

3) À leur décharge, tes amis avaient de quoi fonder leurs impressions. Les 15 maires des villes défusionnées s’opposent à la Charte, un vote unanime qui a fait dire au maire Philippe Roy qu’il était pratiquement sans précédent. Le conseil municipal de Montréal s’est unanimement prononcé en faveur d’une laïcité ouverte. Tous les candidats à mairies’opposent à la Charte. Même Louise Harel est contre. Quant au dernier sondage Léger, voici ce qu’il indique concernant les appuis régionaux à la Charte:

De toutes les régions du Québec, il n’y en a que deux qui s’opposent à la Charte: Montréal et Québec. Toutes les autres régions sont en faveur (ou également divisées). Je ne sais pas pour toi, mais en ce qui me concerne, ça semble pas mal valider l’impression de tes amis (et la prémisse de mon billet) à l’effet qu’il existe un certain clivage urbain/rural sur la question de la Charte des valeurs.

Nous voilà enfin au coeur de l’affaire. Cette prémisse qui est la vôtre selon laquelle le clivage est avant tout urbain/rural. Vous en avez pour preuve que les deux grandes villes du Québec sont les seules où une majorité s’oppose à la charte. Nous reviendrons plus tard sur Montréal, l’objet de votre quatrième prétention.

Québec est en effet l’endroit au Québec où l’opposition à la charte est la plus forte. Vous affirmez que c’est son caractère urbain qui explique ce résultat. C’est risible.

Tant qu’à y être, pourquoi ne pas qualifier la région de Québec de fief de la « gauche urbaine »? Comment expliquez-vous que cette zone urbaine exemplaire, selon vous, soit également le seul fief des conservateurs de Stephen Harper et de la CAQ-ADQ au Québec?

Si vous descendiez un instant de votre perchoir moral, vous constateriez dans le sondage de Léger qu’il y a à Québec une majorité en faveur de l’interdiction du port des signes religieux dans la fonction publique et une majorité qui affirme que la charte est nécessaire. Il ne vous est jamais venu à l’esprit que cette opposition à la charte à Québec avait pour ressort le mouvement anti-péquiste, plutôt que le contenu même du projet?

4) Comment faire, dans les circonstances, pour prétendre que Montréal appuie la Charte? Eh ben…. eh ben… en considérant seulement les appuis francophones! Fallait y penser. Quand on ne s’intéresse qu’au vote d’un certain groupe, on peut faire apparaître plein de choses extraordinaires. À ce titre, c’est Mitt Romney qui a été élu président des États-Unis en 2012, parce que 59% des Blancs ont voté pour lui! (C’est un gros scoop, tu devrais l’envoyer au New York Times.) Par contre savais-tu qu’Obama avait aussi été élu président avec 93% des voix si on ne considère que le vote des Noirs? Si j’étais de mauvaise foi, je ferais remarquer qu’il y a une ressemblance de plus entre le PQ et le Parti Républicain: les deux partis semblent avoir décidé de tout miser sur le vote d’un seul groupe d’électeurs. Ça ne semble pas trop aider les Républicains ces temps-ci, par contre. Et entre nous, je ne suis pas certain que ce soit une bonne stratégie pour le PQ à long terme non plus.

Achevons une fois pour toute votre prémisse selon laquelle la division est essentiellement urbaine / régions. Au Québec, 42 % de la population s’oppose à la charte.  L’Est du Québec, la partie du territoire la moins urbanisée, s’y oppose à hauteur de 41 %, un écart de seulement un point. On peut aussi comparer la zone la plus urbanisée et celle qui l’est le moins, l’île de Montréal (48 %) et l’Est du Québec. L’écart entre les deux est de 8 points.

Les anglophones s’opposent à la charte à hauteur de 72 % et les francophones à 34 %. Un écart de 38 points. Comme l’indiquent très clairement ces données du sondage de Léger, la vraie fracture ne se trouve pas dans l’opposition urbain-région, mais plutôt sur le front linguistique. Permettez-moi de vous faire un dessin:

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Cette fracture linguistique est le reflet d’une autre fracture, celle-là beaucoup plus large, celle de deux visions du monde différentes, aucune n’ayant une supériorité morale intrinsèquement supérieure à l’autre.

Nous sommes ici au coeur de votre pensée. Vous dîtes en effet des francophones qu’ils forment un « certain groupe. » C’est l’essence même de l’idéologie d’État du multiculturalisme mise en place par Trudeau père il y a de cela quatre décennies. Cette idéologie, devenue dominante au Canada, infère qu’il n’y a qu’une seule nation politique et que les autres « groupes » ou « culture », y compris le Québec, ne sont que cela. Vous êtes un être post-national (vous avez bien le droit) qui exècre l’idée même de nationalisme québécois.

En cela, vous êtes un enfant du multiculturalisme canadien et il faut vous le donner, en poussant la logique jusqu’au bout de sa cohérence comme vous le faites, vous réussissez même à en incarner l’archétype.

En vous joignant à la CAQ – un parti qui se dit nationaliste – l’année dernière, vous avez fait une erreur d’appréciation. Vous seriez plus à l’aise auprès de Philippe Couillard, mais même là, comment pourriez-vous concilier le rejet (même symbolique) par ce parti du multiculturalisme canadien? Comme fils spirituel du multiculturalisme de Trudeau père, votre vraie place se trouve aux côtés de votre frère d’armes, Justin.

Pour Justin, comme pour Philippe Couillard, le Québec n’a pas besoin de protéger sa culture nationale, que ce soit sa langue ou sa conception de la citoyenneté et de nos règles de vie communes. Vous n’êtes donc pas seuls dans votre camp, mais vous êtes très minoritaires.

Dans un autre sondage, effectué par Angus-Reid celui-là, pas moins de 86 % des répondants ont affirmé que la culture québécoise avait besoin de protection. 72 % des francophones approuvaient « fortement » cette assertion et seulement 14 % des non-francophones. Il y a là un écart abyssal de 58 points de pourcentage. Deux mondes, donc.

5) Considérant que nous ne serons sans doute jamais d’accord quant à la véritable nature de cette Charte, le débat sur la valeur respective du discours officiel et des lignes ouvertes me semble assez futile. Entre temps, je continuerai malheureusement de croire que les lignes ouvertes reflètent mieux le sentiment et la manœuvre politique qui sous-tendent la Charte que les explications maladroites du gouvernement.

Vous semblez décidément être entiché des lignes ouvertes, puisque vous vous y référez sans cesse pour écarter toute objection. Mais de quelles lignes ouvertes parlez-vous? Est-ce que vous passez vos journées à écouter les lignes ouvertes?

Je vous avoue que je serais bien en peine d’en discuter, car la seule que j’écoute de temps à autre, c’est celle du midi à Radio-Canada. Quant aux radios, je connais bien celles de Québec, où j’ai le bonheur de demeurer.

Savez-vous qu’elles ont pour modèle les radios américaines, celles qui moussent l’intolérance, le droit de porter des armes à feu, la religion et la bigoterie?

Savez-vous, Jérôme, que ces radios privées de Québec auxquelles je fais référence sont ce qui se rapprochent le plus au Québec du mouvement du Tea Party? Vous êtes en bonne compagnie, Jérôme, parce que ces radios s’opposent systématiquement à tout ce qui émane du Parti Québécois, y compris la charte. Exactement comme ces radios américaines qui diabolisent tout ce qui vient du président Obama.

Citant Gérard Bouchard, vous terminez avec ceci:

« Encourager l’insécurité pour s’y appuyer. À toi de voir à quel parti politique américain ça te fait penser. »

Répondre à un sentiment d’insécurité, ce n’est pas l’encourager, c’est prendre ses responsabilités. C’est encore plus vrai à propos d’une nation qui est minoritaire dans le système politique fédéral qui est le nôtre. Cette nation francophone dans un continent anglophone. Cette nation sans pays, qui s’est fait imposer une Constitution dont elle ne voulait pas, cette nation québécoise a toutes les raisons du monde de vouloir protéger sa culture. Ne pas répondre à cette aspiration, ce serait pour les leaders politiques se défiler de ses responsabilités.

Les socialistes français ont longtemps nié le sentiment d’insécurité (physique, s’entend) qui régnait dans les banlieues des grandes villes en France. Ils dédaignaient cette question, ils ont ignoré la population qu’ils représentaient, et ce faisant, ont laissé le Front national mousser ce sentiment d’insécurité et gangrener l’espace politique français. Certains quartiers sont même carrément passés du Parti communiste au FN!

Cette attitude de mépris dédaigneux pour les sentiments de la population, quand elle guide les leaders politiques, représente un des plus grands périls qui soient pour la démocratie.

Je sais bien que, de votre côté, vous vous opposez d’une autre perspective, beaucoup, beaucoup plus haute, juché que vous êtes sur votre supériorité morale, post-nationale et multiculturaliste.

Ça doit être confortable, là-haut, loin de l’agitation humaine.

Mais sachez que ce dédain que vous exprimez fait le lit des intégristes religieux et des populistes de la gauche et de la droite radicales, qui tous, s’opposent au projet de charte des valeurs québécoises.

À vous de voir si vous êtes confortable en compagnie de ces mécréants.

Pauvre Jérôme…Ou quand un gars tire le slingshot à l’envers

Juché sur sa supériorité morale, Jérôme Lussier s’est jeté avec frénésie…Dans le vide!

J’ai un peu fréquenté la bête sur Twitter lorsqu’il était directeur des communications de la Coalition Avenir Québec équipe François Legault. Il a beaucoup d’humour. Un humour corrosif, que j’apprécie. Alors j’ai lu son billet deux fois, pour être bien certain qu’il écrivait ça sérieusement.

Et oui, il compare sérieusement le Parti Québécois au Tea Party américain!

Pour faire sa démonstration, il explique longuement que les ruraux, qui sont xénophobes et fermés, votent pour le Parti républicain et que les urbains, ouverts et modernes, votent démocrate.

On en vient au Parti Québécois qui, dit-il, en proposant la charte des valeurs québécoises, fait appel aux bas instincts des bigots, comme le Tea Party.

Et voici « la phrase qui tue » :

« (…) les discours officiels du gouvernement et des idéologues de la laïcité fermée ne sont d’aucune utilité: ce sont les lignes ouvertes qui donnent la véritable mesure de la nature profonde et du soutien populaire à cette Charte de la honte. »

Vous pouvez relire cette phrase deux ou trois fois.

Les discours officiels ne sont d’aucune utilité, dit-il. Ce que dit le gouvernement, Bernard Drainville, ou Guy Rocher (Jérôme sait-il seulement qui est Guy Rocher?) pour n’en nommer que quelque uns, oubliez ça! Ce qui compte, affirme-t-il, ce sont les lignes ouvertes…

Les lignes ouvertes qui donnent la véritable mesure de la nature profonde et du soutien populaire à cette Charte de la honte

La moitié de la population québécoise soutient cette charte. Ces millions de personnes, nous dit Jérôme, soutiennent la charte parce qu’ils sont xénophobes. Mais ils ne le savent pas, bien sûr.

Et c’est parce qu’ils ne sont pas urbains, si on suit bien son raisonnement…

Pauvre Jérôme…Savais-tu seulement que l’appui à la charte le plus fort, le plus élevé de tout le Québec, se trouve précisément du côté des francophones de l’Île de Montréal, le territoire le plus urbain du Québec?

Capture d’écran 2013-09-17 à 16.03.10

Pauvre Jérôme…Toute ta thèse vient de s’écrouler et ta supériorité morale: évaporée!

Cette phrase qui tue et dont tu dois être si fier s’est retournée contre toi.

« Tu as tiré le slingshot à l’envers », comme on dit par chez nous.

Ravaler un mépris aussi grossier, c’est dur ?

Ça ne fait pas trop mal, j’espère?